Le
scandale des fausses statistiques du
ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec sur la violence
conjugale
Par
Jean-Claude
Boucher
Jean-Pierre Gagnon
et l’équipe de recherche
de L’après-rupture
Novembre
2008
Données
de catalogue avant publication
Jean-Claude Boucher et Jean-Pierre Gagnon
Le scandale des fausses statistiques du ministère
de la
Santé et des Services sociaux du Québec
Comprend des références bibliographiques
Copyright © L’après-rupture
Dépôt légal : 4e trimestre 2008
Bibliothèque
nationale du Québec
Bibliothèque
nationale du Canada
Préambule
Dans son dernier rapport[1], le Vérificateur général du Québec présente un
chapitre sur le soutien financier accordé aux organismes communautaires par le
ministère de
Parmi ces trois catégories d’organismes, les maisons
d’hébergement pour femmes violentées s’avèrent de loin les plus favorisées au
plan financier, alors que 106 d’entre elles se partagent 60 millions de
dollars, soit une moyenne de 566 000 $ annuellement, comparativement à 26
millions pour 392 maisons de jeunes, soit une moyenne de 66 330 $
annuellement et 14 millions pour les 95 centres pour dépendances, soit une moyenne
de 147 370 $ annuellement.
Le financement des maisons d’hébergement a doublé au
cours des récentes années, car le rapport du Vérificateur constate
« qu’elles ont reçu depuis 2003-2004 des allocations récurrentes
additionnelles de 30 millions de dollars sur cinq ans. De fait, ce type
d’organismes a vu passer ses subventions de 30 millions de dollars en 2002-2003
à 60 millions en 2007-2008. Le MSSS a réparti ces 30 millions de dollars
additionnels entre les maisons d’hébergement, mais il ne s’est pas assuré que
ces sommes étaient effectivement requises, ce qu’il aurait pu faire en
consultant les agences » (p. 3.20).
Une telle augmentation des budgets sur une si courte
période est-elle justifiée? Le rapport contient la mention suivante :
« Une maison d’hébergement pour femmes violentées ou en difficulté
comprenant six lits a vu sa subvention passer de 58 832 dollars à 406 817
dollars entre 2002-2003 et 2006-2007. Or, en 2006-2007 :
• elle a hébergé au total neuf personnes ;
• son taux d’occupation a été de 12 p. cent (29 p.
cent en 2005-2006) ;
• son excédent annuel a été de 205 953 dollars (187
984 dollars en 2005-2006) ;
• son excédent accumulé non affecté s’est élevé à 555
362 dollars au 31 mars 2007 »
(p. 3.21).
Les représentants du vérificateur
n'ont utilisé qu'un faible échantillon pour procéder à cette vérification. Il
est bien possible qu'il y ait des situations encore pires de mauvaise
allocation des fonds publics qu'une enquête approfondie auprès de l’ensemble
des maisons d’hébergement pourrait permettre de mettre à jour.
Le recours aux maisons
d'hébergement comme fondement de la politique d’aide aux victimes de violence
conjugale est fortement problématique. Ainsi, les maisons ne rejoignent qu'à
peine un peu plus de 10 % des femmes victimes de violence et n’ont pas,
dans une forte proportion des cas, l’expertise nécessaire pour fournir des
services professionnels de qualité et des plans d’intervention personnalisée
aux victimes. Il semble que l’aide offerte porte en grande partie sur
l’endoctrinement aux thèses féministes sur la violence conjugale. Serait-il
normal qu’un médecin profite de sa situation d’autorité pour entreprendre de
faire partager ses convictions religieuses ou politiques à ses patients?
Il faut ajouter que si les
maisons d’hébergement engrangent les surplus, les rares ressources d’aide aux
hommes en difficulté connaissent une précarité financière extrême.
Un taux d’occupation de
12 % en 2006-2007 dans une maison d’hébergement ne surprendra que les
personnes peu familières avec l’ampleur réelle de la violence au Québec et
l’histoire scandaleuse des fausses statistiques du ministère des Affaires
sociales du Québec qui ont servi de fondement et de justification aux
programmes actuels de financement des maisons d’hébergement au Québec. Ces fausses
statistiques ont gravé dans l’imaginaire collectif le stéréotype sexiste de
l’homme bourreau et de la femme victime.
Le moment est venu de montrer
au grand jour ces impostures statistiques et leurs conséquences
dévastatrices.
Jean-Claude
Boucher
Jean-Pierre Gagnon
et l’équipe de recherche de L’après-rupture
Table des matières
Introduction
1. En guise de prologue : la fausse statistique de
janvier 1980 du Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme:
« une Canadienne sur dix battue par son mari ou conjoint de fait »
1.1 La
femme battue au Canada : un cercle vicieux (janvier 1980)
1.2 Un
tour de prestidigitation statistique exécuté par deux habiles illusionnistes
1.3 Les failles
méthodologiques de l’approche employée par MacLeod et Cadieux
1.4 La dénonciation des
failles méthodologiques de l’approche de MacLeod et Cadieux par les experts en
statistiques
1.5 La vérité finit enfin par
prévaloir : en 1994, MacLeod se
résigne à admettre l’absence de validité de son approche
2. La fausse statistique de
février 1984 : 258 661 femmes victimes de violence conjugale en 1984
au Québec selon le ministère des Affaires sociales
2.1 Le Document de
consultation (février1984) sur une politique d’aide aux femmes violentées
2.2 La source exacte du
chiffre de 258 661 révélée pour la première fois
2.3 La spécificité de
l’imposture statistique commise par le ministère des Affaires sociales
2.4 Les trois falsifications
statistiques associées au chiffre de 258 661 victimes
3. La fausse statistique d’octobre 1984 :
256 000 femmes battues de façon chronique au Québec selon le ministère des
Affaires sociales
3.1 Le Document de
consultation sur la politique familiale du ministère des Affaires sociales
(octobre 1984)
3.2 La source véritable du
chiffre de 256 000 dévoilée pour la première fois
3.3 Une
stratégie délibérée de désinformation : rendre indétectable l’imposture
statistique d’un nombre de victimes de violence conjugale basé sur le total des
femmes de 15 ans et plus
4. La fausse statistique du
deuxième trimestre 1985 : 300 000 femmes victimes de violence
conjugale en 1985 au Québec selon le ministère des Affaires sociales
4.1
L’énoncé de politique Une politique d’aide aux femmes violentées (deuxième
trimestre 1985)
4.2 Le
chiffre de 300 000 victimes : au moins 88 % plus élevé que
l’estimation basée sur la proportion de MacLeod et Cadieux
4.3 Une enquête de Statistique Canada confirme le
caractère hyper-inflationniste du
chiffre de 300 000 femmes victimes de violence conjugale au
Québec
4.4 La culture de la désinformation sur la
violence conjugale est toujours florissante au ministère de
Conclusion
Introduction
Rares
sont les hommes au Québec qui ne se sont pas fait un jour ou l’autre lancer à
la figure par des militantes ou des sympathisantes féministes que 300 000
femmes étaient victimes de violence conjugale chaque année au Québec, ou qu’une
femme sur dix, ou sur huit même, y était battue de façon chronique chaque année
par son conjoint.
En
1984 et en 1985, le ministère des Affaires sociales du Québec[2] a publié une série de
statistiques sur la prévalence annuelle de la violence conjugale subie par les
femmes au Québec, qu’il chiffrait à une hauteur proprement vertigineuse.
L’évaluation du nombre annuel de victimes allait de 258 661 à près de
300 000, en passant par 256 000, dans une série de trois documents
publiés sur une période dépassant à peine une quinzaine de mois.
Le
présent dossier fera la preuve que ces chiffres inquiétants étaient faux et
montrera exactement comment ils ont pu être « fabriqués » de toute
pièce, tout comme on dit qu’un faussaire « fabrique » de la fausse
monnaie. L’après-rupture entend faire la lumière sur une fraude statistique en
bonne et due forme perpétrée par le ministère des Affaires sociales au
détriment de l’ensemble de la population du Québec.
Il
importe de souligner tout d’abord que la violence conjugale est un problème
social bien réel, avec des conséquences négatives bien tangibles au plan
individuel, familial et social. La violence conjugale constitue une réalité
humaine et sociale complexe. Le chercheur américain Martin Fiebert[3] recense maintenant 246
études, incluant 187 analyses empiriques, qui démontrent que les agresseurs se
recrutent tout aussi bien chez les hommes que chez les femmes et que la
violence entre conjoints est bilatérale dans une proportion dépassant le plus
souvent 50 % des cas. Les femmes ainsi que les hommes font état de
blessures résultant de la violence conjugale, en proportion particulièrement
élevée quand la violence est bilatérale. Toutefois, à cause de la plus grande
force physique des hommes, les victimes de sexe féminin font généralement état
de blessures en plus grande proportion que les hommes.
Plusieurs
études indiquent également que la violence conjugale tend à s’accompagner de la
violence envers d’autres membres de la famille, notamment les enfants. Un mari
violent est souvent un père maltraitant et une épouse violente est souvent une
mère maltraitante. De nombreuses enquêtes longitudinales effectuées dans divers
pays ont mis en évidence au cours de la dernière décennie un ensemble complexe
de causes multiples de la violence conjugale, incluant des facteurs génétiques,
familiaux et sociaux. Ces études indiquent en outre que des facteurs tout à
fait similaires prédisposent certains hommes et certaines femmes à recourir à
la violence.
Les
théories reposant sur une cause unique de la violence conjugale, notamment
celles avancées par les militantes féministes radicales à l’effet que la
violence conjugale résulterait essentiellement de la volonté des hommes
d’établir et de maintenir leur contrôle sur leur conjointe (ou sur l’ensemble
des femmes) ont été réfutées par ces études empiriques et ne proposent, selon
Mary Cavanaugh et Richard Gelles, rien d’autre qu’un raisonnement purement
tautologique[4].
L’efficacité
de la lutte contre la violence conjugale dépend d’une connaissance exacte de
l’ampleur, des caractéristiques principales et des causes précises de ce
phénomène. Pour être efficace, la lutte contre la violence conjugale et la
violence familiale doit éviter de succomber à la tentation de considérer
seulement la moitié masculine du problème et doit cesser de banaliser la
complexité de la violence conjugale à la réduisant à quelques stéréotypes
sexistes résolument hostiles à l’ensemble des hommes.
Les
fausses statistiques et les stéréotypes sexistes qui en dérivent font obstacle
à la définition de stratégies appropriées de prévention de la violence et
d’interventions taillées sur mesure en fonction de chaque situation
particulière. La dictature de la pensée unique en matière de prévention et
d’intervention, édifiée essentiellement sur des stéréotypes et des préjugés,
est de plus en plus dénoncée comme inefficace et même carrément néfaste. En
outre, en faussant la compréhension de la situation réelle, cette approche va à
l’encontre de l’allocation optimale des ressources pour lutter contre ce problème.
C’est pourtant cette stratégie tronquée qui a été adoptée par le ministère des
Affaires Sociales du Québec il y a vingt-cinq ans, en falsifiant de manière
délibérée les dimensions et la nature de ce problème réel.
Au
terme de plusieurs années de recherche et d’investigation, L’après-rupture est
aujourd’hui en mesure de faire la démonstration rigoureuse, références et
documents à l’appui, que la série de chiffres avancés en 1984 et 1985 par le
ministère des Affaires sociales sur l’ampleur de la violence conjugale au
Québec constituait une imposture cynique et malicieuse.
L’analyse
qui suit entend prouver que ces chiffres ne reposaient aucunement sur une
investigation scientifique, conduite de façon méthodique et rigoureuse, du
problème, mais qu’ils ont bel et bien été délibérément « fabriqués »
de toute pièce en vue de créer un climat de psychose victimaire au sein de la
population féminine du Québec, probablement dans le but général de la rallier
aux stéréotypes sexistes propagés par certaines militantes féministes et par
certains groupes de pression quant à la nature de la violence conjugale et à
l’ampleur de ce problème au Québec et, plus particulièrement, d’apporter une
justification bureaucratique à l’octroi
d’un financement annuel récurrent aux maisons d’hébergement pour femmes
victimes de violence.
Le ministère des Affaires sociales du Québec a
systématiquement écarté, depuis 1984, toutes les occasions offertes pour
reconnaître le caractère erroné de ces chiffres fallacieux, rétablir la vérité et
se rétracter. Cette attitude témoigne d'une résolution farouche de continuer à
employer, contre vents et marées, le chiffre mensonger de 300 000 femmes
victimes de violence conjugale à des fins de manipulation de l’opinion publique
au Québec.
Cette détermination se manifeste dans le vaste
répertoire des brochures et des dépliants faisant état du chiffre de
300 000 distribués en abondance dans l’ensemble des points de services de
divers ministères et organismes du gouvernement du Québec jusqu’à tout récemment,
ainsi que dans les publications et les sites internet d’une multitude
d’organismes et de groupes de pression militants, financés essentiellement à
même les fonds publics gouvernementaux, véhiculant au cours des 25 dernières
années le même chiffre erroné ainsi que les stéréotypes qui en découlent.
Les chapitres qui suivent présentent un bref exposé
factuel de l’histoire de ces fausses statistiques qui constituent l’un des
dérapages idéologiques étatiques les plus graves de l’histoire récente du Québec.
1. En guise de
prologue : la fausse statistique de janvier 1980 du Conseil
consultatif canadien sur la situation de la femme: « une Canadienne sur
dix battue par son mari ou conjoint de fait »
Pour bien saisir l’ampleur du
mensonge perpétré par le ministère des Affaires sociales du Québec au moyen de
la série de fausses statistiques élaborées et diffusées dans des documents
publiés respectivement en février 1984, en octobre 1984 et au second trimestre
de 1985, il importe de faire un bref rappel sur une imposture antérieure, à
laquelle ces statistiques sont en partie liées.
Ce bref exposé sur le chiffre
fallacieux « d’une Canadienne sur dix battue par son mari ou conjoint de
fait » servira de prologue permettant de rendre plus clair et plus
intelligible l’apport spécifique du ministère des Affaires sociales du Québec
dans le recours à la désinformation statistique sur la question de la violence
conjugale.
1.1 La femme battue au Canada : un cercle vicieux (janvier 1980)
En janvier 1980, le Conseil
consultatif canadien de la situation de la femme publiait un rapport intitulé
« La femme battue au Canada: un cercle vicieux ». Dans ce
rapport, Linda MacLeod et Andrée Cadieux improvisent un calcul de la prévalence
annuelle de la violence conjugale au moyen d'une série d'extrapolations dont la
validité est plus que douteuse.
Voici la façon dont elles
présentent leur soi-disant « méthode » :
« On
ne peut donc pas porter de jugement définitif sur la fréquence des cas de
femmes battues.
On peut
toutefois l’établir de façon estimative, d’abord, en combinant les statistiques
connues sur le nombre de femmes qui sont dans les maisons de transition parce
qu’elles sont battues et le nombre de femmes qui déposent une demande en
divorce en invoquant la cruauté physique. On peut ensuite ajuster ces
chiffres pour qu’ils correspondent aux nombres totaux, car il n’existe pas
de maisons de transition dans toutes les provinces ni dans toutes les régions.
Enfin, le résultat peut être exprimé comme une proportion de la population
féminine mariée. Cette estimation donnera une indication sommaire de la
fréquence, mais une indication dont la crédibilité sera assurée à la
fois par des études plus poussées sur la fréquence des cas de femmes battues
dans diverses villes canadiennes, et par les récentes enquêtes américaines
sur la fréquence et les caractéristiques des cas de femmes battues ».
Source :
Linda MacLeod et Andrée Cadieux, La femme battue au Canada : un cercle
vicieux, Conseil consultatif canadien de la situation de la femme,1980, p.
17.
(Note :
les passages en caractères gras ont été mis en évidence par nous)
En utilisant l’approche ainsi
décrite, MacLeod et Cadieux se livrent ensuite à une série d’extrapolations
basées sur des données sur les admissions enregistrées en 1978 qu’elles ont
recueillies auprès de maisons d’hébergement (MacLeod et Cadieux, 1980, p. 9),
également appelés « maisons de transition » (p. 17) et sur des
statistiques sur les divorces (p. 19). Au terme de ces extrapolations, elles
arrivent au constat suivant :
« Nous
pouvons assurer, en combinant nos statistiques sur le divorce et celles des
maisons de transition qu’au moins :
De 40,000 à 50,000 femmes au Canada ont subi, en 1978, assez de
violences physiques et mentales pour chercher de l’aide à l’extérieur du foyer.
Il
existe environ cinq millions de couples au Canada. Cela signifie
qu’approximativement :
Une femme sur cent au Canada, qu’elle soit mariée ou vive en union de
fait, a été battue et a déposé une requête en divorce invoquant comme motif la
cruauté physique, ou a fait appel à une maison de transition pour obtenir de
l’aide (considérant les extrapolations précédentes) ».
Source :
Linda MacLeod et Andrée Cadieux, La femme battue au Canada : un cercle
vicieux, Conseil consultatif canadien de la situation de la femme, 1980, p.
19.
(Note :
les passages en caractère gras ont été mis en évidence par MacLeod et
Cadieux)
À la suite de ces premiers
résultats (40 000 à 50 000 femmes battues), MacLeod et Cadieux se
livrent à une dernière extrapolation qui fait passer le nombre de femmes
battues à une évaluation se situant entre 400 000 et 500 000 environ
à chaque année :
« Par
exemple, une étude effectuée à l’université de Windsor, en 1976, estime
que :
Il y a dix cas non dénoncés pour chaque appel placé par une
femme battue auprès de la police.
Si nous
acceptons cette évaluation approximative, à savoir qu’à chaque cas connu
correspond (sic) dix cas non divulgués de femmes battues, et que l’on applique
cette proportion à nos calculs précédents, soit qu’une femme sur cent fera
appel à une maison de transition ou demandera le divorce parce qu’elle aura été
battue, nous pouvons estimer que :
Chaque année, une Canadienne sur dix est battue, qu’elle soit mariée
ou qu’elle vive en union de fait.
Des
études américaines, sur la fréquence des cas de femmes battues, fondées sur des
enquêtes menées auprès des ménages, laissent croire que cette évaluation est
probablement très prudente. Par exemple, Strauss (sic), après avoir interviewé
plus de 2,000 familles d’un bout à l’autre des États-Unis, estime que 16
couples américains sur cent ont vécu un incident violent ou plus ».
Source :
Linda MacLeod et Andrée Cadieux, La
femme battue au Canada : un cercle vicieux, Conseil consultatif
canadien de la situation de la femme, 1980, p. 23.
(Note :
les passages en caractère gras ont été mis en évidence par MacLeod et
Cadieux)
Pour mieux apprécier le caractère
hautement hypothétique de l’approche de MacLeod et Cadieux, il suffit de
souligner que les sections où celles-ci se livrent à leurs extrapolations
contiennent cinq fois le mot « si » comme introduction d’un énoncé
conditionnel conduisant à une nouvelle extrapolation. Pour que le chiffre de
MacLeod et Cadieux soit représentatif de la situation réelle, il faudrait que
chacun de ces énoncés conditionnels se vérifie dans la réalité.
Mais MacLeod et Cadieux ne sont
aucunement intéressées à soumettre leurs suppositions à l’épreuve de la
vérification empirique. Elles ont fabriqué le chiffre que le Conseil
consultatif canadien sur la situation de la femme voulait utiliser pour une
« redéfinition de la violence comme un phénomène étendu de contrôle
social »[5]. Déjà, le titre du premier chapitre du rapport de MacLeod
et Cadieux concluait que « des femmes battues, il peut y en avoir dans
tous les foyers » (MacLeod et Cadieux, 1980, p. 4). En d’autres termes,
tous les hommes mariés ou vivant en union de fait peuvent être des batteurs de
femmes. Le stéréotype sexiste de l’homme bourreau et de la femme victime venait
de recevoir la consécration officielle de l’organisme représentant les
féministes canadiennes.
1.2 Un tour de prestidigitation statistique exécuté par deux habiles
illusionnistes
La soi-disant évaluation statistique de MacLeod et
Cadieux constitue avant tout un habile exercice de prestidigitation destiné à
leurrer le lecteur. Pour arriver à leurs fins, elles ont pris la précaution de
le suggestionner à accepter le résultat douteux qu’on s’apprête à lui servir.
Le lecteur est donc informé que la crédibilité du résultat qu’elles obtiendront
sera assurée par les récentes enquête américaines (MacLeod et Cadieux, 1980, p.
17).
S’il acquiesce sans plus de réflexion à cette
suggestion en apparence anodine, le lecteur vient de tomber dans le piège que
les deux illusionniste ont élaboré à son intention. Il faut savoir que la
validité des résultats d’une enquête ou d’une évaluation statistique dépend
UNIQUEMENT de la validité de la méthodologie employée pour obtenir ce résultat
et non du fait que ces résultats peuvent être vaguement similaires en apparence
aux estimations obtenues au moyen d’une autre enquête menée selon des principes
méthodologiques différents qui sont pour leur part reconnus comme valides.
Pour utiliser une analogie, Bob “Elvis” Gratton
habillé à la manière d’Elvis Presley ne devient pas pour autant un chanteur
digne d’être considéré comme une légende du rock’n’roll. Pourtant la manœuvre
de MacLeod et Cadieux consisterait, dans cette analogie, à nous faire avaler
que les deux personnages sont équivalents et que la crédibilité de Gratton
comme star du rock’n’roll serait assurée par celle de Presley, puisqu’il a le
même « look » vestimentaire[6].
Voici en quels termes elles conditionnent le lecteur à
accepter comme crédible le tour de prestidigitation qu’elles lui ont
préparé :
« Cette estimation
donnera une indication sommaire de la fréquence, mais une indication dont la
crédibilité sera assurée à la fois par des études plus poussées sur la
fréquence des cas de femmes battues dans diverses villes canadiennes, et par
les récentes enquêtes américaines sur la fréquence et les caractéristiques des
cas de femmes battues ».
Source :
Linda MacLeod et Andrée Cadieux, La femme battue au Canada : un cercle
vicieux, Conseil consultatif canadien de la situation de la femme,1980, p.
17.
(Note :
les passages en caractères gras ont été mis en évidence par nous)
Au début de 1980, dans toute l’Amérique du Nord, une
seule enquête nationale sur la prévalence annuelle de la violence conjugale, en
l’occurrence le National Family Violence Survey (NFVS) qui avait été
mené en 1975 aux États-Unis par Straus, Gelles et Steinmetz, avait obtenu des
taux de prévalence annuelle de la violence conjugale d’un peu plus de
10 %. Ce qui confère une apparence de crédibilité scientifique au chiffre
avancé par MacLeod et Cadieux, ce sont les résultats scientifiques obtenus par
Straus, Gelles et Steinmetz, qui ont été publiés initialement en 1978 par
Straus dans la revue américaine Victimology: An International Journal.
Au début de 1980, la seule autre enquête nationale qui
avait fourni des taux annuels de prévalence de la violence conjugale pour
l’ensemble des États-Unis était le National Crime Survey (NCS) du
gouvernement fédéral américain. Au moment de la préparation du rapport de
MacLeod et Cadieux, les résultats du NCS avait été publiés en 1978 par Deidre
A. Gaquin précisément dans le même numéro de la revue Victimology: An
International Journal dans lequel Murray A. Straus avait présenté en
primeur les résultats de son enquête sur la prévalence annuelle de la violence
conjugale. Dans le cas du NCS, le taux annuel moyen de prévalence de la
violence conjugale déclarée par les femmes avec un conjoint ou un ex-conjoint
pour les années 1973, 1974 et 1975 aux États-Unis était de 3,9 femmes sur
1 000 (Source : Deirdre A. Gaquin, « Spouse Abuse : Data
from the National Crime Survey », Victimology: An International Journal,
vol. 2, nº 3/4, 1977-78, tableau 1, p. 636). Et le taux de signalement à
la police des agressions subies se situait à 54,8 % (Gaquin, tableau 11,
p. 641).
En d’autres termes, le taux de prévalence de 3,9 sur
1 000 obtenu grâce à un échantillon représentatif d’environ 60,000 ménages
américains était 25 fois moins élevé que le taux de 10 % que MacLeod et
Cadieux ont choisi de retenir, même si l’échantillon du National Crime
Survey était près de 30 fois plus important que celui du National Family
Violence Survey de Straus, Gelles et Steinmetz. En outre, les participants
au NCS ont répondu à sept occasions au questionnaire de l’enquête, soit à tous
les six mois sur une période de trois ans, afin d’être en mesure d’établir des
taux fiables de la prévalence annuelle des agressions subies.
Même si MacLeod et Cadieux font référence aux
« récentes enquêtes américaines », elles font uniquement mention de
l’enquête conduite par Straus et ses collègues et choisissent d’ignorer
sélectivement les résultats du NCS. Les taux de prévalence annuelle beaucoup
plus faibles obtenus par cette enquête nationale du gouvernement américain ne
semblaient pas concorder avec leur objectif de créer une commotion
psychologique au sein de la population canadienne dans le but de redéfinir
« l’expérience de la violence contre les femmes comme un phénomène étendu
de contrôle social et non comme un symptôme de maladie ou de déviance
individuelle » (MacLeod, 1994, p. 8). Le réflexe féministe d’ignorer
sélectivement et systématiquement tout résultat susceptible d’aller à
l’encontre des thèses victimaires que la frange radicale de ce mouvement
s’acharne à propager était déjà solidement implanté dès 1980 au sein de groupes
de pression comme le Conseil consultatif canadien de la situation de la femme.
En somme, comme par le plus grand des hasards, MacLeod
et Cadieux « obtiennent » un résultat presque identique à celui
publié par le chercheur américain Murray A. Straus plus d’un an auparavant dans
la revue Victimology. Cette coïncidence n’est qu’une pure illusion. La
méthode de MacLeod et Cadieux n’a aucune validité statistique. Elles ont
soigneusement choisi les paramètres de leurs extrapolations de manière à
obtenir la proportion de 10 % qui avait été prédéterminée. Il s’agit avant
tout d’une mise en scène « arrangée avec le gars des vues » qui n’a
absolument rien d’une démarche scientifique.
Par contre, les résultats publiés par Straus
provenaient d’une rigoureuse enquête scientifique, basée sur l’échantillon
aléatoire et représentatif du National Family Violence Survey, comptant
2 143 répondants, menée en 1975 aux États-Unis. Dans l’article publié en 1978
dans la revue Victimology: An International Journal, Straus révélait
pour la première fois que le taux annuel de prévalence des incidents
d’agression physique (« physical attacks », p. 445) subis par
les hommes était de 12,1 %, alors qu’il
atteignait 11,6 % chez les femmes (Source : Murray A. Straus, «
Wife Beating : How Common and Why », Victimology: An International Journal,
vol. 2, nº 3/4, 1977-78, p. 446).
Soulignons au passage que Murray A. Straus a discuté à
plusieurs occasions les différences méthodologiques entre le NFVS qu’il a mené
et le National Crime Survey du gouvernement américain qui peuvent
expliquer les écarts entre les résultats obtenus par ces deux enquêtes (Voir
Murray A. Straus, « Women’s Violence Toward Men is a Serious Social
Problem », publié dans la réédition de Current Controversies on
Family Violence (initialement publié en 1993), sous la direction de D. R.
Loseke, R. J. Gelles et M. M. Cavanaugh, 2005, p. 56-57, [En ligne] : http://pubpages.unh.edu/~mas2/VB33R%20Women%27s%20Violence%20Toward%20Men.pdf;
Murray A. Straus, The Controversy Over Domestic Violence By Women : A
Methodological, Theoretical and Sociology of Science Analysis, publié dans Violence
in Intimate Relationships, sous la direction de X. B. Arriaga et S. Oskamp,
1999, p. 17-18, [En ligne] : http://pubpages.unh.edu/~mas2/CTS21.pdf).
La seule chose qui confère une apparence de
crédibilité au chiffre de MacLeod, ce sont les statistiques publiées par Straus
en 1978. En effet, immédiatement après avoir affirmé qu’une Canadienne sur dix
est battue, MacLeod et Cadieux s’empressent d’insérer la référence suivante à
l’étude de Straus et de ses collègues tout en la présentant comme caution
apparente de leur résultat, sans que soient précisées les différences
méthodologiques absolument irréconciliables entre leur approche et celle
employée par les chercheurs américains :
« Des
études américaines, sur la fréquence des cas de femmes battues, fondées sur des
enquêtes menées auprès des ménages, laissent croire que cette évaluation est
probablement très prudente. Par exemple, Strauss (sic), après avoir interviewé
plus de 2,000 familles d’un bout à l’autre des États-Unis, estime que 16
couples américains sur cent ont vécu un incident violent ou plus ».
(Source :
Linda MacLeod et Andrée Cadieux, La
femme battue au Canada : un cercle vicieux, Conseil consultatif
canadien de la situation de la femme, 1980, p. 23).
Sans l’apparence de caution scientifique que
semblaient donner les résultats publiés par Straus en 1978, la «
statistique » de MacLeod et Cadieux n’aurait eu aucune crédibilité et elle
aurait été dénoncée pour ce qu’elle était. C’est-à-dire une simple supposition
fondée sur un échafaudage précaire d’hypothèses et d’extrapolations.
Cependant, MacLeod et Cadieux ont omis, de manière
fort opportune, de mentionner que, dans les résultats publiés par Straus en
1978, le taux de prévalence des incidents subis par les hommes était comparable
à celui des femmes (et même plus élevé). Elles ont également fort opportunément
omis de mentionner qu’une partie seulement des cas d’agression physique
identifiés par Straus étaient définis par lui comme désignant des hommes ou des
femmes « battus », c’est-à-dire ayant subi de la violence grave (Wife–Beating
Index ou Husband–Beating Index). Encore une fois, le réflexe
féministe d’ignorer sélectivement et systématiquement tout résultat susceptible
d’aller à l’encontre de leurs thèses victimaires contribue à désinformer le
public canadien et à lui présenter un portrait partiel et partial de la
situation.
Selon Straus, le Wife-Beating Index et le Husband-Beating
Index incluent les formes suivantes d’agression physique grave, qui
comportent des « risques élevés de causer des blessures physiques
sérieuses à la victime » : donner des coups de pied, mordre ou
frapper avec le poing; frapper ou tenter de frapper avec un objet; donner une
raclée; menacer d’employer ou employer un couteau ou une arme à feu (Straus,
1978, p. 445). Le taux annuel de prévalence des victimes d’agression physique
grave (c’est-à-dire battues par leur partenaire en conformité avec la
définition du Wife-Beating Index ou du Husband-Beating Index),
était de 3,8 % pour ce qui est des hommes battus, et de 4,6 % pour ce qui
est des femmes battues (Straus, 1978, p. 446).
En d’autres termes, selon les résultats publiés par
Straus en 1978, 40 % des femmes victimes d’agression physique étaient
considérées comme ayant été « battues » et 31 % des hommes
victimes d’agression étaient considérés comme ayant été « battus ».
Dans le cas de l’étude de MacLeod et Cadieux, ces dernières supposent
simplement que toutes les femmes ayant obtenu de l’aide auprès d’une maison
d’hébergement ou invoquant la « cruauté physique » comme motif de
leur demande de divorce sont considérées comme ayant été « battues ».
Quand on est disposées à considérer que les hommes peuvent être tous des
batteurs de femmes et que les femmes sont toujours les victimes, on ne
s’embarrasse pas du genre de nuance proposée par Straus.
À peu près tout le monde semble avoir été berné par le
tour de prestidigitation que venaient de leur servir les deux comparses
préalablement mandatées par le Conseil consultatif canadien de la situation de
la femme pour redéfinir « l’expérience de la violence contre les
femmes comme un phénomène étendu de contrôle social ». Pourtant les
failles méthodologiques du procédé employé par MacLeod et Cadieux étaient
absolument flagrantes.
1.3 Les failles
méthodologiques de l’approche employée par MacLeod et Cadieux
La mise en scène employée par MacLeod et Cadieux n’a
aucune validité statistique, car les mêmes femmes peuvent être comptées deux,
trois, ou même quatre fois dans la suite d’extrapolations auxquelles elles se
livrent. Et le chiffre de MacLeod et Cadieux a de fortes chances de constituer
un résultat deux, trois ou quatre fois plus grand que le taux annuel réel de
prévalence des situations de violence conjugale ou de femmes battues.
En effet, l’approche de Macleod et Cadieux consiste à
compter comme impliquant chaque fois une femme différente, les cas où une femme
a invoqué la « cruauté physique » comme motif de divorce, ceux où une
femme a séjourné dans une maison d’hébergement (ce qui est comptabilisé comme
une « admission », sans tenir compte du fait qu’une même femme a pu
être « admise » dans certains cas plusieurs fois dans la même maison
d’hébergement ou dans d’autres établissements de ce réseau au cours de la même
année) et ceux où une femme a fait appel à la police.
Dans la réalité concrète de tous les jours, il se peut
très bien qu’une même femme appartienne simultanément à ces trois catégories ou
à au moins deux de ces catégories. Par exemple, la probabilité qu’une femme
ayant séjourné dans une maison d’hébergement ait en même temps divorcé et dénoncé
sa situation à la police est très élevée, car la pratique d’intervention des
maisons d’hébergement consiste précisément à inciter fortement les femmes
qu’elles accueillent à mettre un terme à leur union avec un conjoint violent et
à dénoncer la situation à la police. MacLeod et Cadieux font semblant d’ignorer
cette réalité.
De plus, les procédures de généralisation (« on
peut ensuite ajuster ces chiffres pour qu’ils correspondent aux nombres
totaux », MacLeod et Cadieux, 1980, p. 17) à l’ensemble de la population
canadienne (en invoquant le fait qu’il ne se trouve pas de maison d’hébergement
dans toutes les unités géographiques du territoire canadien) font que ces
femmes déjà comptées deux ou trois fois sont susceptibles d’être à nouveau
comptées en double dans certains cas dans la série de généralisations
auxquelles MacLeod et Cadieux se livrent. Autrement dit, certaines des femmes
sur lesquelles elles ont recueillies des données auprès des maisons
d’hébergement risquent d’être comptées quatre fois ou plus, à la suite de ces
extrapolations visant à généraliser les résultats à l’ensemble du territoire
canadien.
De toute évidence, une telle approche a toutes les
chances de gonfler démesurément les résultats obtenus. La réalité de cette
hyperinflation statistique sera confirmée par les résultats de l’Enquête sur
la violence envers les femmes menée par Statistique Canada en 1993. Lorsque
les résultats de cette enquête ont été rendus publics en mars 1994, le taux de
prévalence annuelle de la violence conjugale rapportée par les femmes avec un
conjoint actuel était de 3,0 % (Karen Rodgers, « Résultat d’une
enquête nationale sur l’agression envers la conjointe », Juristat,
mars 1994, Statistique Canada, tableau 1, [En ligne] : http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/violencefamiliale/html/femnational_f.html).
L’Enquête sur la violence envers les femmes confirme
que le taux annuel de 10 % avancé par MacLeod et Cadieux était environ 3,3
fois plus élevé que le taux annuel obtenu au moyen d’une enquête rigoureuse
menée par Statistique Canada avec un échantillon représentatif de la population
féminine de 18 ans et plus de l’ensemble du Canada.
En d’autres termes, l’enquête de Statistique Canada
confirme ce qu’un examen méticuleux de l’approche de MacLeod et Cadieux
laissait clairement présager, c’est-à-dire une surestimation pouvant aller de
300 % à 400 % quant à l’ampleur réelle de la violence conjugale.
MacLeod finira
par reconnaitre publiquement, lors d’un colloque tenu dans le cadre d’un
congrès de l’ACFAS en mai 1994, que son résultat n’avait aucune validité
statistique. Mais elle a attendu plus de 14 ans avant de se résigner à admettre
l’évidence. Et si elle l’a fait, c’est qu’elle n’avait guère le choix, car elle
avait collaboré de près à la mise sur pied de l’Enquête sur la violence
envers les femmes de 1993.
1.4 La dénonciation des
failles méthodologiques de l’approche de MacLeod par les experts en statistiques
Plusieurs chercheurs avaient mis en évidence les
lacunes méthodologiques de l’approche utilisée par MacLeod et Cadieux en 1980.
C’est le cas, notamment de Claire Durand, professeure de méthodologie à
l’Université de Montréal, lors d’un colloque tenu dans le cadre d’un congrès de
l’ACFAS, en 1994 :
« La première étude
était l’estimation du pourcentage de femmes victimes de violence faite par
Linda MacLeod. On pourrait critiquer chacune des étapes de ce processus
d’estimation en ce sens que, dans ce type de processus, quel qu’en soit
l’auteur, on fait des hypothèses, plausibles, mais non vérifiables à chacune
des étapes. Ainsi, on fait l’hypothèse que les maisons de transition qui n’ont
pas répondu aux demandes de renseignements ont les mêmes caractéristiques que
celles qui ont répondu. On fait l’hypothèse que les personnes qui déposent des
plaintes à la police constituent un pourcentage déterminé de l’ensemble des
gens qui ont vécu le comportement. Donc, à la première étape, on est parti des
informations obtenues des maisons de transition qui ont répondu et, à la
dernière étape, on a multiplié par 10. Les hypothèse faites sont toutes
critiquables, mais c’est la faiblesse inhérente de ce type de méthodologie.
[...] Or seuls certains types de méthodologie permettent de sortir des
chiffres. Quand la méthodologie utilisée ne permet pas de sortir des chiffres
et qu’on le fait, le ciel nous tombe sur la tête ».
Source :
Claire Durand (1994). «Violence envers les femmes : questions
méthodologiques», dans Violence envers
les femmes : la controverse des chiffres. Actes du colloque tenu à
Montréal le 17 mai 1994 dans le cadre du congrès de l'ACFAS, publié sous la
direction de Maryse Rinfret-Raynor, Francine Ouellet, Solange Cantin et Chantal
Hamel, Collection Réflexions, nº 2, CRI-VIFF, p. 72.
(Note :
les passages en caractères gras ont été mis en évidence par nous)
Les remarques de Claire Durand ont trait surtout
aux hypothèses implicites sous-tendant les procédures de généralisation
employées par MacLeod et Cadieux, qui étaient clairement défaillantes. Elles ne
soulignent pas le fait que certaines de ces « généralisations »
comportent un part importante de chevauchement (dont l’ampleur réelle est
inconnue) des diverses sources statistiques employées pour effectuer ces
extrapolations, qui peuvent se traduire par le décompte en double, ou même en
triple de la même victime, d’où le risque d’arriver à un résultat
considérablement amplifié, comme la suite des choses l’a démontré.
Le chercheur torontois Michel D. Smith avait
déjà identifié clairement ce risque de chevauchement dès 1987, dans un article
publié dans la revue Violence and Victims. Comme l’a souligné celui-ci, la statistique de MacLeod et Cadieux
constitue avant tout un « nombre avancé au hasard » (MacLeod’s
estimate is primarily a guess). Il énumère ensuite les nombreuses
déficiences de l’approche employée par MacLeod :
« First, there
is no way of knowing how representative the populations are because they are
not a probability sample. Second, some unknown proportion of the women
represented by the divorce statistics may have also spent time in a shelter.
These women would then be counted twice, once as a divorce statistic and once
as a shelter statistic. Third, a series of extrapolations, culminating
in the expression of these combined statistics as a proportion of the country’s
married female population, is dubious, to say the least ».
Source : Michael D.
Smith, « The Incidence and Prevalence of Woman Abuse in
(Note : les passages en
caractères gras ont été mis en évidence par nous)
De même, les chercheurs canadiens Leslie Kennedy et
Donald G. Dutton ont souligné en 1989 que 90 % de l’estimation de MacLeod
ne repose sur AUCUNE donnée empirique, même si la « statistique » de MacLeod a
souvent été présentée comme un fait avéré :
« MacLeod’s (1980)
estimate that “there are ten unreported cases for every call by a battered wife
to the police” (p. 21) was an approximation based on a study by Handelman and
Ward (1976) in which no actual victim survey data were collected. Yet in
the absence of empirical support, this statistic was cited in newspaper
reports as though it did represent an empirical study (e.g. Toronto Star, 1
March 1986; Globe and Mail, 9 June 1987) ».
Source : Leslie W.
Kennedy et Donald G. Dutton, « The
Incidence of Wife Assault in
(Note : les passages en
caractères gras ont été mis en évidence par nous)
Ainsi donc, aux yeux des experts canadiens sur la
violence conjugale, il était très clair que la proportion « d’une
Canadienne sur dix battue par son mari ou son conjoint de fait » n’avait
aucune validité statistique. Cette évidence aurait du être également être
reconnue par les « expertes » du ministère des Affaires sociales du
Québec en 1984 et en 1985, quand elles ont entrepris d’employer le chiffre de
MacLeod et Cadieux pour évaluer l’ampleur de la violence conjugale au Québec.
Inutile de dire qu’il n’en fut rien, comme on le verra au prochain chapitre. Au
contraire, elles ont amplifié l’aspect inflationniste de l’approche utilisée
par MacLeod et Cadieux.
1.5 La vérité finit enfin par
prévaloir : en 1994, MacLeod se résigne à admettre l’absence de validité
de son approche
En 1994, à l’occasion d’un colloque sur « La
violence envers les femmes : la controverse des chiffres » tenu dans
le cadre du congrès annuel de l’ACFAS, Linda MacLeod a fini par admettre avec
une candeur simulée que :
« Mon estimation n’avait
aucun semblant de validité ou de fiabilité statistique. Je n’avais accompli
aucune acrobatie statistique. Pourtant, je me sentais sûre de ce chiffre, parce
qu’il reflétait une réalité qui avait été corroborée par ceux et celles
travaillant sur la ligne de front. C’était une supposition admise; je
n’ai jamais prétendu que ce soit autre chose ».
Source : « Le défi posé
par la mesure d’un problème social sans nom », dans Violence envers les
femmes : la controverse des chiffres, actes du colloque tenu à Montréal le
17 mai 1994 dans le cadre du 62e congrès de l’ACFAS, sous la direction de
Maryse Rinfret-Raynor, Francine Ouellet, Solange Cantin et Chantal Hamel,
Collection Réflexions, nº 2, décembre, CRI-VIFF, Montréal, p. 13.
(Note : les passages en
caractères gras ont été mis en évidence par nous)
La sincérité tardive de Linda
MacLeod est aussi douteuse que la validité du chiffre qu’elle a avancé. Elle
aura quand même berné et leurré tout le monde pendant 14 ans avec un chiffre
sans aucune validité statistique. La nécessité stratégique d’obtenir un chiffre
de cette grandeur avait été déterminée avant même que MacLeod ne commence à
entreprendre son étude en 1979. Il fallait obtenir un résultat suffisamment
percutant pour être en mesure d’exiger des changements sociaux de la part du
gouvernement canadien.
Le chiffre « d’une
Canadienne sur dix » constituait essentiellement un slogan politique
élaboré par le Conseil consultatif canadien de la situation de la femme et
travesti en chiffre en apparence objectif, en vue de manipuler et mobiliser la
population afin d’exercer une pression politique sur le gouvernement du Canada.
L’arnaque mise au point par MacLeod et Cadieux a permis d’obtenir des gains
considérables, tant pour MacLeod elle-même que pour les groupes féministes dont
elle était la mandataire, ce dont elle se félicite ouvertement :
« Les objectifs de cette
étude étaient, sans aucune ambiguïté, des objectifs d’action sociale. Je
travaillais à l’époque pour le Conseil consultatif canadien de la situation de
la femme et notre programme, pour 1979, était d’exiger des changements
sociaux.
L’étude comportait trois buts
:
1. Le but principal
consistait en une redéfinition de l’expérience de la violence contre les
femmes comme un phénomène étendu de contrôle social et non comme un symptôme de
maladie ou de déviance individuelle.
2. Le second but était de
dénoncer publiquement l’injustice dont avaient souffert et souffraient toujours
tant de femmes qui avaient vu ou voyaient leurs expériences de la violence
réduites au silence ou minimisées par les institutions médicales, légales ou
religieuses du système patriarcal.
3. Le dernier, et sans doute
le plus ambitieux, voulait étendre le programme féministe de changements
sociaux, non seulement aux questions économiques ou politiques, mais
également aux questions concernant le corps, l’esprit et la sexualité ».
Source : Linda MacLeod,
« Le défi posé par la mesure d’un problème social sans nom », dans Violence
envers les femmes : la controverse des chiffres, actes du colloque tenu à
Montréal le 17 mai 1994 dans le cadre du 62e congrès de l’ACFAS, sous la
direction de Maryse Rinfret-Raynor, Francine Ouellet, Solange Cantin et Chantal
Hamel, Collection Réflexions, nº 2, décembre, CRI-VIFF, Montréal, p. 8-9.
(Note : les passages en
caractères gras ont été mis en évidence par nous)
Sans l’ombre d’un doute, Linda Macleod a été
elle-même l’une des principales bénéficiaires de l’imposture qu’elle a
commise en janvier 1980 :
« Peu de temps après la
sortie de ce chiffre, on m’a offert un emploi pour développer une
politique fédérale sur les victimes d’actes criminels, politique qui mettait
l’emphase sur l’agression de la femme par son conjoint. Le résultat de ce
travail fut que le gouvernement fédéral commença à financer des recherches et
des projets-pilotes concernant les femmes agressées par leur conjoint. Le
solliciteur général fédéral, Robert Caplan, en réponse à une recommandation
émanant du rapport que j’avais rédigé pour le Conseil consultatif, envoya une
lettre à tous les chefs de police du pays les exhortant d’adopter des
politiques d’inculpation obligatoire ».
Source : Linda MacLeod,
« Le défi posé par la mesure d’un problème social sans nom », dans Violence
envers les femmes : la controverse des chiffres, actes du colloque tenu à
Montréal le 17 mai 1994 dans le cadre du 62e congrès de l’ACFAS, souls la
direction de Maryse Rinfret-Raynor, Francine Ouellet, Solange Cantin et Chantal
Hamel, Collection Réflexions, nº 2, décembre, CRI-VIFF, Montréal, p. 14.
(Note : les passages en
caractères gras ont été mis en évidence par nous)
Bref, grâce à l’imposture commise
en 1980, MacLeod a obtenu de plantureux contrats à titre de consultante auprès
du gouvernement canadien. Cependant, les conséquences sociales et humaines
d’une telle imposture sont proprement vertigineuses. On a chambardé et modifié
dans l’improvisation la plus totale une quantité considérable de lois sociales
au gouvernement fédéral et dans l’ensemble des provinces canadiennes. Des
programmes financés annuellement à coup de centaines de millions de dollars ont
été créés en toute hâte sur la seule base de ce chiffre frauduleux, sans
prendre le temps de s’assurer d’obtenir une confirmation empirique
supplémentaire de leur nécessité ou de leur efficacité en ce qui a trait à la
situation de « crise » inventée de toute pièce par MacLeod et Cadieux
sur l’ordre du Conseil consultatif canadien de la situation de la femme[7].
Il a fallu que beaucoup de
personnes soi-disant responsables et compétentes ferment complaisamment les
yeux pour qu’une telle imposture soit possible dans un pays soi-disant évolué
comme le Canada. Mais avant de lancer la pierre à nos concitoyens canadiens, le
moment est venu de prendre conscience que la situation a été bien pire encore
au Québec, si incroyable qu’une telle éventualité puisse paraître.
2. La fausse statistique de
février 1984 : 258 661 femmes victimes de violence conjugale en 1984
au Québec selon le ministère des Affaires sociales
Il y a beaucoup plus qu’une simple coïncidence entre
l’année où est apparue la première
évaluation du nombre de femmes victimes de violence
conjugale par le ministère des Affaires sociales du Québec et le titre du roman
de George Orwell, 1984, décrivant un état totalitaire visant à exercer
un contrôle absolu sur les opinions et les comportements de chaque individu en
utilisant de façon systématique la désinformation et la propagande[8].
À cette différence près, que ce n’est pas Big
Brother qui prend en 1984 le contrôle du ministère des Affaires sociales du
Québec, mais plutôt Big Sister qui instaure le règne de la
désinformation et de la manipulation cynique de l’opinion publique au profit
d’un collectif de militantes féministes cooptées en une caste toute puissante
hermétiquement réseautée au sein de l’État du Québec.
2.1 Le Document de
consultation (février1984) sur une politique d’aide aux femmes violentées
En février 1984, le ministère des Affaires sociales du
Québec diffuse le Document de consultation : Une politique d’aide aux
femmes violentées. Il s’agit d’un document de 76 pages qui, à la section
1.2.1, avance dans les termes suivants une évaluation percutante du nombre
de femmes victimes de violence conjugale au Québec[9] :
« Le Conseil consultatif
canadien de la situation de la femme a établi qu’au Canada une femme sur cent a
déposé une requête en divorce en invoquant la cruauté physique, ou s’est adressée
à une maison pour femmes(1). De plus, “d’après les meilleures estimations dont on dispose,
une canadienne sur dix est battue par son mari” et ... “vingt pour cent des
homicides commis au Canada sont le fait d’époux qui s’en prennent à leur
conjoint. Dans presque tous les cas, il s’agit de maris qui tuent leur femme”(1,
page 3). Au Québec, en 1984, cela
équivaudrait à 258 661 femmes de plus de 15 ans victimes de violence
quelle qu’en soit la forme ».
Source : Document de
consultation : Une politique d’aide aux femmes violentées, ministère
des Affaires sociales du Québec, février 1984, p. 16.
(Note : les passages en
caractères gras ont été mis en évidence par nous)
L’extrait du Document de consultation de 1984,
présenté ci-dessus, laisse entendre de manière quasi explicite que le chiffre
de 258 661 femmes victimes de violence aurait été obtenu en divisant tout
simplement par dix le chiffre total de la population des femmes de 15 ans et
plus vivant avec un mari ou un conjoint de fait au Québec, car on y met en
évidence la proportion de MacLeod et Cadieux à l’effet « qu’une canadienne
sur dix est battue par son mari » et que « cela équivaudrait à
258 661 femmes victimes de violence conjugale ».
Cependant, ce chiffre de 258 661 soulève
immédiatement quelques questions, si l’on présume qu’il a été obtenu en
utilisant la proportion de 10 % avancée par le Conseil consultatif
canadien de la situation de la femme. En 1980, MacLeod et Cadieux avaient
avancé que le nombre de femmes battues se situait entre 400 000 et
500 000 au Canada (MacLeod et Cadieux, 1980, p. 19-22). Est-il
vraisemblable dans ce cas que le nombre de femmes « battues » au
Québec constitue une proportion allant de 52 % à 64 % du total des
victimes canadiennes, alors que le Québec compte pour environ 25 % de la
population du Canada?
Il faut noter au passage que la référence spécifiée
dans la note (1) en bas de page du Document de consultation comme source
de cette proportion « d’une canadienne sur dix battue par son mari »
ne réfère pas, comme cela devrait être le cas, au rapport intitulé La femme
battue au Canada : un cercle vicieux, rédigé en 1980 par Linda MacLeod
et Andrée Cadieux pour le Conseil consultatif canadien de la situation de la
femme, lequel constitue la source originale de ce chiffre et dans lequel est
présentée en détail l’approche déficiente employée pour extrapoler cette
proportion de « une Canadienne sur dix est battue, qu’elle soit mariée ou
qu’elle vive en union de fait » (p. 23).
La note (1) en bas de page fait plutôt référence au
mémoire présenté à
Par ailleurs, la référence aux homicides conjugaux
dans cet extrait du Document de consultation de février 1984 paraît
surtout viser à ajouter une dimension émotive et dramatique à la présentation
du chiffre de 251 661 femmes victimes de violence conjugale, en soulignant
le résultat parfois tragique de la violence conjugale. Mais on se garde bien de
préciser que l’ordre de grandeur réel des homicides conjugaux au Québec
n’exerce pas d’effet significatif sur le nombre total de femmes victimes de
violence conjugale au Québec.
Ainsi, selon les données policières compilées par
Statistique Canada, il y a eu en 1984 un total de16 homicides de conjointe au
Québec et de 4 homicides de conjoint, pour un total de 20 homicides conjugaux.
(Source : Institut de la statistique du Québec, Les conditions de vie
au Québec : un portrait statistique, 1996, tableau 6.10, p. 203, [En
ligne] : http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf/cond_vie-7.pdf).
Un seul homicide conjugal sera toujours un homicide de
trop. Mais on peut mettre ces chiffres en perspectives avec le fait qu’il y a
eu, selon l’INSPQ, 834 hommes et 247 femmes victimes de suicide en 1984 au
Québec (Source : Danielle
St-Laurent et Clermont Bouchard, L’épidémiologie du suicide au
Québec : que savons-nous de la situation récente ?, Institut
national de Santé publique du Québec, tableaux 3 et 4, p. 17-18, [En
ligne] : http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/283-FeuilletEpidemioSuicide.pdf.
Malgré la disproportion énorme dans le nombre des
victimes, la question du suicide au Québec est loin d’avoir fait l’objet au
sein du ministère de
Dans tous les cas, il s’agit de décès ou de blessures
qui pourraient être évités, ou dont le nombre pourrait être significativement
réduit, si des mesures adéquates de prévention étaient prises. La prévention de
ces divers types de décès reçoit-elle, depuis 1984, des budgets publics
proportionnels au nombre de décès qu’on y enregistre? Par exemple, le nombre de
suicide chez les hommes et les femmes en 1984 était près de 52 fois plus élevé
que le nombre de victimes d’homicides conjugaux. Est-ce que le ministère de
2.2 La source exacte du
chiffre de 258 661 révélée pour la première fois
Mais revenons à la question de la provenance de ce
chiffre de 258 661 femmes de 15 ans et plus victimes de violence conjugale
en 1984. La précision même de ce chiffre de 258 661 femmes de plus de 15
ans victimes de violence conjugale au Québec permet de déterminer avec exactitude
la méthode employée pour obtenir ce résultat.
Si ce chiffre de 258 661 victimes correspond
exactement à 10 % de la population féminine de 15 ans et plus avec un mari
ou un conjoint de fait au Québec, il faudrait que cette population mariée ou en
union de fait soit de 2 586 610 femmes environ. Est-ce bien la base
de calcul utilisée pour obtenir ce chiffre? Est-il possible de retracer la
source de ce chiffre de 2 586 610 femmes de 15 ans et plus?
Pour ce faire, il importe en premier lieu de noter que
la précision de ce chiffre de 258 661 interdit qu’il puisse vraiment être
basé sur des données de population pour l’année 1984, car le document a été
publié au début de l’année 1984, avant même que l’on ait pu recueillir les
données requises sur les naissances, les décès et les mouvements migratoires
pour établir les statistiques de population pour cette année. De même, ce
chiffre ne pouvait être basé sur une projection de population, car en général,
les chiffres obtenus au moyen de projections de population sont arrondis au
millier près, de sorte que le résultat obtenu dans un tel cas aurait dû être
258 600 et non 258 661.
En fait, au début de 1984 ou à la fin de 1983, au
moment le plus probable de la rédaction de ce Document de consultation,
les seuls résultats détaillés de la population par âge au Québec qui étaient
disponibles étaient ceux recueillis lors du Recensement de 1981 pour l’année
1981. Il suffit d’une très brève recherche dans les publications du Recensement
de 1981 (disponibles dans toute bonne bibliothèque universitaire) pour
confirmer cette déduction et trouver le chiffre de 2 586 615 femmes
âgées de 15 ans et plus au Québec en 1981, comme le montre le tableau 1.
|
Tableau 1 |
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|
Population
féminine de 15 ans et plus au Québec, |
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|
selon le
groupe d'âge au Recensement de 1981 |
|
|
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||||
|
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|
Groupe d'âge |
15-19 |
20-24 |
25-29 |
30-34 |
35-39 |
40-44 |
45-49 |
50-54 |
|
Population |
303 660 |
321 420 |
295 235 |
274 350 |
230 710 |
183 635 |
173 090 |
173 610 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
55-59 |
60-64 |
65-69 |
70-74 |
75-79 |
80-84 |
85-89 |
90 et + |
Total |
|
162 545 |
134 875 |
116 590 |
91 240 |
63 280 |
37 440 |
17 635 |
7 300 |
2 586 615 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Source :
Statistique Canada, Population, logement privés occupés, ménages privés,
|
||||||||
|
familles de
recensement dans les ménages privés — Certaines caractéristiques, |
|
|||||||
|
(volume 2 —
Série provinciale), Recensement du Canada de 1981, catalogue 93-917, |
||||||||
|
Ministre des
Approvisionnements et Services Canada, décembre 1982, |
|
|
||||||
|
tableau
1, p. 1-1 et 1-2. |
|
|
|
|
|
|
||
Si l’on multiplie par 10 %, soit la proportion
avancée par MacLeod et Cadieux en 1980, le chiffre de 2 586 615
femmes de 15 ans et plus vivant au Québec en 1981, on obtient exactement le
nombre de 258 661 femmes victimes de violence conjugale avancé dans le Document
de consultation de février 1984 par le ministère des Affaires sociales du
Québec. Ce simple calcul confirme donc que le chiffre erroné de MacLeod et
Cadieux est
2.3 La spécificité de
l’imposture statistique du ministère des Affaires sociales
En procédant au calcul douteux que nous venons de
décrire, le ministère des Affaires sociales du Québec a commis une bourde
statistique additionnelle en appliquant la proportion de MacLeod et Cadieux à
TOUTES les femmes âgées de 15 ans et plus. Telle est l’apport spécifique du
ministère des Affaires sociales du Québec à l’impressionnant dossier des
fausses statistiques sur la violence conjugale. Il s’agit d’un apport majeur,
comme on pourra le constater.
Il faut se souvenir que la proportion de MacLeod et
Cadieux avait été établie sur le nombre de Canadiennes vivant en couple avec un
mari ou un conjoint de fait en 1980, soit « environ cinq millions de
couples » (MacLeod et Cadieux, 1980, p. 19), de sorte que la proportion de
10 % est applicable uniquement et spécifiquement aux femmes mariées ou
vivant en union de fait, comme le précise le rapport du Conseil consultatif
canadien sur la situation de la femme :
« chaque
année, une Canadienne sur dix est battue, qu'elle soit mariée ou qu'elle vive
en union de fait ».
Source :
MacLeod, Linda et Andrée Cadieux (1980). La femme battue au Canada : un
cercle vicieux, Conseil consultatif canadien de la situation de la femme,
p. 23
(Note :
les en caractères gras ont été mis en évidence par MacLeod et Cadieux
elles-mêmes).
Si l’on fait, pour un instant, abstraction de la non
validité de la proportion de 10 % avancée par le Conseil consultatif
canadien de la situation de la femme en 1980, il faut constater que le
ministère des Affaires sociales du Québec a, de façon inexplicable, omis de tenir
compte du fait que la base de calcul explicitement employée par MacLeod et
Cadieux se limitait aux seules femmes mariées ou vivant en union de fait.
Avec pour résultat que le chiffre de 258 661
victimes de violence conjugale avancé par le ministère des Affaires sociales du
Québec s’applique à TOUTES les femmes de 15 ans et plus, qu’il s’agisse des
bonnes sœurs vivant en communauté religieuse (qui étaient encore fort
nombreuses en 1981), des jeunes filles encore adolescentes et des
« vieilles filles » n’ayant jamais eu de conjoint, ou des femmes
veuves ou divorcées depuis plusieurs années et sans conjoint au cours de
l’année de 1981.
Si l’on prend en compte uniquement les femmes de 15
ans et plus avec un conjoint ou susceptibles d’avoir eu un conjoint en 1981, le
résultat de 258 661 avancé par le ministère des Affaires sociales est-il
susceptible d’être altéré de manière substantielle? Il suffit de se référer au
tableau 3 dans la même publication de Statistique Canada de décembre 1982 pour
obtenir le nombre de femmes avec un conjoint, qu’elles soient mariées, en union
de fait ou séparées (sans doute en attente, dans ce dernier cas, de l’obtention
d’un divorce) (Statistique Canada, 1982, tableau 3, page 3-1).
Selon ces données, on recensait 714 380 femmes de
15 ans et plus « jamais mariées » au Québec en 1981, (incluant les
femmes vivant en communauté religieuse et les femmes ou adolescentes n’ayant
jamais eu de conjoint). En outre, il y avait 240 765 veuves et 80 060
femmes divorcées dont on peut penser qu’elles n’étaient pas devenues, pour la
plupart, veuves ou divorcées précisément au cours de l’année 1981 et qu’elles
n’avaient pas eu, pour la plupart d’entre elles, de conjoint au cours de cette
année. Cela laisse 1 493 765 femmes mariées ou vivant en union de
fait et 58 640 femmes séparées (dont on peut présumer qu’elles n’avaient
pas encore eu le temps de conclure un divorce depuis une séparation qui avait
de grandes chances d’être récente) âgées de 15 ans et plus au Québec en 1981.
Si l’on suppose que ces deux dernières catégories sont
celles susceptibles de donner la meilleure approximation du nombre de femmes
ayant eu un conjoint au cours de l’année 1981, on obtient un total de
1 552 405 femmes avec un conjoint (mariées, en union de fait ou séparées),
c’est-à-dire une proportion de 60 % du total des femmes de 15 ans et
plus.
Si l’on applique, comme il se doit, la proportion de
10 % calculée par MacLeod et Cadieux à ce chiffre de 1 552 405
femmes avec un conjoint (mariées, vivant en union de fait ou étant séparées),
on obtient le nombre de 155 240 femmes victimes de violence conjugale en
1981.
Ce résultat compte 103 421 victimes EN MOINS que
le chiffre astronomique avancé par le ministère des Affaires sociales dans le Document
de consultation de février 1984. En d’autres termes, l’utilisation
inappropriée de la proportion de 10 % de MacLeod et Cadieux par le
ministère des Affaires sociales se trouve à gonfler de pas moins de 67 %
le nombre des femmes victimes de violence que l’on obtiendrait en appliquant
correctement la proportion déjà inflationniste « d’une Canadienne sur
dix » au nombre total de femmes avec un mari ou un conjoint de fait ou
étant séparées en 1981. En d’autres termes, l’apport spécifique du ministère
des Affaires sociales du Québec consiste à gonfler de 67 % les évaluations
déjà fortement inflationnistes obtenues à l’aide de la proportion « d’une
canadienne sur dix battue par son mari ».
Si l’on divisait le nombre erroné de 258 661
victimes calculé par le ministère des Affaires sociales du Québec dans son Document
de consultation de 1984 par le chiffre réel de 1 552 405 femmes
avec mari ou un conjoint de fait ou étant séparées en 1981 et que l’on
transformait ce résultat en pourcentage, le taux annuel de la prévalence de la
violence conjugale que l’on obtiendrait serait égal à 258 661 sur
1 552 405 multiplié par 100, soit un taux de prévalence annuel de
16,7 %. Le nombre erroné de victimes calculé avec une incompétence
inquiétante par le ministère des Affaires sociales du Québec en 1984 signifierait
qu’une femme mariée ou séparée sur six serait victime de violence conjugale. À
chaque année! On se demande comment il est possible que personne ne soit rendu
compte d’une falsification aussi grossière de la proportion « d’une
Canadienne sur dix battue par son conjoint 10 % » avancée par MacLeod
et Cadieux en 1980 (p. 19).
Par ailleurs, le recours à la proportion de MacLeod et
Cadieux confirme que le ministère des Affaires sociale du Québec n’avait mené à
cette époque aucune autre étude empirique sérieuse pour mesurer l’ampleur
réelle de la violence conjugale au Québec en 1984. Malgré le discours alarmiste
tenu dans le Document de consultation sur une politique d’aide aux
femmes violentées par le ministère des Affaires sociales, il semble que la
cueillette de données détaillées sur l’ampleur réelle de ce phénomène ait été
loin de constituer une priorité. Une telle attitude s’avère pour le moins
irresponsable.
En somme, quand le ministère des Affaires sociales du
Québec a préparé le Document de consultation : Pour une politique
d’aide aux femmes violentées, aucune revue sérieuse et exhaustive de la
littérature scientifique sur la mesure de la prévalence de la violence
conjugale ne semble avoir été conduite, car il n’existe aucun document à ce
propos au ministère de
Cependant, aucune des études de Straus, Gelles et
Steinmetz et aucune des analyses basées sur le NCS ne se trouvent mentionnées
dans la liste des ouvrages consultés au moment de la préparation du Document
de consultation (p. 71-73). L’approche scientifique de la violence
conjugale se voit sélectivement écartée par le ministère des Affaires sociales,
au profit du recours systématique à la falsification statistique.
2.4 Les trois falsifications
statistiques associées au chiffre de 258 661 victimes
Au lieu d’un bilan étoffé de l’état des connaissances
empiriques accumulées sur la question au début de 1984, le ministère des Affaires
sociales a préféré se livrer à une mystification en bonne et due forme
contenant au moins trois falsifications aisément identifiables. Premièrement,
en utilisant la proportion non valide de 10 % avancée par MacLeod et
Cadieux en 1980; deuxièmement, en appliquant cette proportion à une base de
calcul (le nombre total de femmes de 15 ans et plus) qui surévaluait d’au moins
67 % le nombre déjà fortement inflationniste de femmes victimes de
violence de la part du mari ou du conjoint de fait que l’on obtient en
utilisant la proportion « d’une canadienne sur dix est battue par son
mari » de MacLeod et Cadieux; troisièmement, en induisant le public en
erreur quant à l’année représentée, qui n’était pas 1984, mais bel et bien
1981.
Comme l’indique la démonstration qui précède, il
suffit de lire attentivement le texte même du Document de consultation
diffusé en février 1984 par le ministère des Affaires sociales du Québec pour
déduire la source exacte du chiffre démesuré avancé dans ce document et
déterminer la façon précise dont il a été obtenu. C’est ensuite un jeu d’enfant
d’établir également que le chiffre de 258 661 constituait une
surévaluation grossière d’au moins
67 % du nombre de femmes victimes de violence conjugale au Québec. Et il
s’agit d’un strict minimum!
Les responsables de la conception de ce document ont
sans doute rapidement pris conscience du fait que le chiffre de 258 661
victimes était manifestement erroné et constituait une incongruité flagrante
dont tout lecteur le moindrement vigilant pourrait sans peine détecter le
caractère outrancièrement exagéré. Dans le Québec moderne, honnête,
démocratique et transparent que prétendait alors s’affairer à édifier le
« bon gouvernement » promis par le Parti québécois de René Lévesque
en 1976, et plus particulièrement dans le cas du ministère des Affaires
sociales du Québec, dirigé en février 1984 par Pierre Marc Johnson, on aurait
été en droit de s’attendre à ce qu’une telle erreur eut été promptement
identifiée et rectifiée. Il n’en fut rien. On fit même exactement le contraire,
en maquillant la fraude de manière à la rendre moins facilement détectable,
comme le montre le prochain chapitre.
3. La fausse statistique
d’octobre 1984 : 256 000 femmes battues de façon chronique au Québec
selon le ministère des Affaires sociales
Comme on l’a vu dans le chapitre précédent, il était
relativement facile de déterminer que le chiffre de 258 661 femmes
victimes de violence conjugale constituait une imposture et une surévaluation
manifestes de l’ampleur de la violence conjugale au Québec. Les responsables du
ministère des Affaires sociales du Québec ont dû prendre rapidement conscience
d’une telle situation suite à la diffusion du Document de consultation
de février 1984.
Plutôt que d’apporter les rectificatifs nécessaires et
de supprimer purement et simplement un tel chiffre erroné, le ministère des
Affaires sociales du Québec opta rapidement pour la stratégie consistant à
maintenir l’ordre de grandeur frauduleux quant au nombre de femmes victimes de
violence conjugale. Mais le chiffre fut modifié de manière à rendre beaucoup
plus difficile l’identification de son origine réelle, et par conséquent, de
son caractère fallacieux.
3.1 Le Document de consultation sur la politique
familiale du ministère des Affaires sociales du Québec
En octobre 1984 paraissait le Document de
consultation sur la politique familiale du ministère des Affaires sociales,
préfacé par le ministre Camille Laurin, intitulé Pour les familles
québécoises, dans lequel on trouve le passage suivant à la page 81 :
« 256 000 femmes au
Québec, dont la très grande majorité dans les familles, sont battues, de façon
chronique, par leurs maris, leurs conjoints de fait et leurs compagnons. Et
le chiffre est conservateur ».
Source : Document de
consultation sur la politique familiale : Pour les familles québécoises,
ministère des Affaires sociales du Québec, octobre 1984, p. 81.
(Note :
les passages en caractères gras ont été mis en évidence par les auteurs du Document
de consultation sur la politique familiale)
Le Document de consultation sur la politique
familiale ne donne évidemment aucune référence sur la source de ce chiffre
de 256 000 femmes victimes de violence conjugale (comme c’est
habituellement le cas chez les militantes féministes radicales, quand la
véracité de l’information est carrément douteuse), ni aucune précision sur les
données employées pour produire ce chiffre ou sur la méthodologie utilisée pour
parvenir à ce résultat. Absolument rien. À elles seules, de telles omissions
auraient dû rendre ce chiffre extrêmement suspect aux yeux de tout lecteur
averti.
Cette fois, le procédé employé par le ministère des
Affaires sociales du Québec pour ajouter une note dramatique à la situation et
soulever l’émotivité de la population féminine, consiste à ajouter deux
éléments supplémentaires par rapport au chiffre publié en février 1984. On
affirme ainsi que non seulement la très grande majorité de ces 256 000
victimes sont « battues », mais qu’elles sont « battues, de
façon chronique ». Aucune donnée n’est fournie à l’appui de ce nouvelle
assertion dramatique. Aucune référence non plus. Le lecteur en est réduit à
devoir faire un acte de foi. Mieux encore, on ajoute avec un cynisme consommé
(avec une mise en évidence soulignée par l’utilisation de caractères gras) que
le chiffre de 256 000 femmes battues, fabriqué de toute pièce comme on le
verra, est CONSERVATEUR. Comme les autres chiffres avancés par le ministère des
Affaires sociales sur la question de la violence conjugale, il s’agit d’une
dramatisation absolument gratuite qui relève de la pure démagogie et qui n’est
appuyée sur aucune revue sérieuse de la littérature scientifique sur la
question.
Il faut ajouter que les auteures du Document de
consultation sur la politique familiale sont sans doute familières avec le Document
de consultation : Une politique d’aide aux femmes violentées de
février 1984, puisque certains passages de la préface de ce document sont cités
textuellement à la page 82, dans un long paragraphe qui résume les orientations
de la politique d’aide aux femmes violentées.
Plus curieusement encore, un autre document du
gouvernement du Québec, intitulé Politique d’intervention en matière de
violence conjugale, publié au premier trimestre de 1986 conjointement par
le ministère de
« Plus près de nous, le
document de consultation sur la politique familiale “Pour les familles
québécoises” affirme que “256 000 femmes au Québec, dont la très grande
majorité dans les familles, sont battues de façon chronique par leur mari, leur
conjoint de fait ou leur compagnons. Et le chiffre est conservateur”4 ».
Source : Pour une
politique d’intervention en matière de violence conjugale, ministère de
Ce passage reproduit avec fidélité la teneur du Document
de consultation sur la politique familiale d’octobre 1984; cependant, la
note 4 en fin de texte donne la référence suivante pour le chiffre de
256 000 : « Statistiques tirées du document de
consultation : Politique d’aide aux femmes violentées, M. A. S. » de
février 1984, dans lequel se trouve le chiffre de 258 661, et non celui de
256 000. Il faut se demander si cette référence en bas de page ne
constitue pas l’équivalent d’un lapsus révélateur ?
Se pourrait-il que le chiffre initialement
mentionné dans le document Politique d’intervention en matière de violence conjugale de 1986
ait été le chiffre fallacieux de 258 661,
lequel aurait été précipitamment remplacé à l’occasion d’une correction faite à
la dernière minute par le chiffre de 256 000, sans que l’on ait pensé en
même temps à retirer la note 4 qui précisait la source du chiffre de
258 661, lequel semble avoir été relégué aux oubliettes peu de temps après
sa publication en février 1984? Une telle substitution indiquerait que les deux
chiffres sont équivalents et interchangeables. En d’autres termes, il est
possible que le chiffre de 256 000 soit un simple substitut du chiffre de
258 661. Aussi, L’après-rupture a-t-elle entrepris de vérifier cette
éventualité.
On
peut également noter que le chiffre de
Le
chiffre de
3.2 La source véritable du chiffre de 256 000
dévoilée pour la première fois
Comme
la première mention de ce chiffre de 256 000 semble avoir été faite par le
ministère des Affaires sociales du Québec en octobre 1984, il est naturel de
supposer qu’il pourrait avoir joué le rôle de substitut au chiffre de
258 661 et qu’il a ainsi été produit de la même manière que le chiffre de
février 1984, mais qu’il présente des caractéristiques qui lui sont propres.
La
première chose que l’on note à ce sujet est que ce chiffre est arrondi au
millier près. Si la méthode employée pour produire ce chiffre consiste
également à prendre 10 % de la base de calcul utilisée, cette base de
calcul serait donc de 2 560 000 femmes de 15 ans et plus au Québec.
Il ne peut donc s’agir d’un décompte exact comme le sont les résultats basés
sur un recensement de la population. Il semble plutôt s’agir d’un chiffre qui
correspondrait à une projection de population, dans laquelle le résultat quant
à la population projetée est généralement arrondi au millier près.
De
plus, si la base de calcul utilisée provient effectivement d’une projection de
population, on peut douter qu’une telle projection soit basée sur le
Recensement de 1981, car en première moitié de l’année 1984, les résultats
détaillés de ce recensement étaient encore trop récents pour que l’on ait eu le
temps d’élaborer les divers scénarios que comportent habituellement les
projections de population. À partir de ces considérations, il apparaît donc
indiqué de remonter plus loin dans le temps et de chercher dans des projections
effectuées au moyen des résultats des recensements antérieurs à celui de 1981.
Une
brève recherche a suffi pour mettre la main sur un rapport publié en juin 1974
par Statistique Canada intitulé Projections
démographiques pour le Canada et les provinces 1972-2001 (catalogue 91-414 Hors série). Ce document présente
des projections basées sur divers scénarios de croissance démographique
élaborés à partir des données du recensement de 1971.
Le tableau 2 donne les résultats
par âge de cet exercice de projection obtenus au moyen du scénario B, soit le
scénario moyen de croissance démographique. Selon cette projection de
Statistique Canada, produite en 1974, la population féminine de 15 ans et plus
au Québec devait atteindre en 1981 le total de 2 556,6 milliers de femmes,
c’est-à-dire 2 556 600 femmes.
En divisant 2 556,6 par 10,
qui est la proportion proposée par MacLeod et Cadieux, on obtient 255,66
milliers. En arrondissant les deux décimales à la plus proche unité, on obtient
le chiffre de 256 qu’il suffit de multiplier par 1 000 pour obtenir exactement
le chiffre de 256 000 femmes victimes de violence conjugale en 1981.
Comme on pouvait le supposer, la
méthode de calcul pour obtenir le chiffre de 256 000 dans le Document
de consultation sur la politique familiale de 1984 du ministère des Affaires
sociales du Québec est absolument identique à celle employée pour obtenir le
chiffre de 258 661 dans le Document de consultation sur la politique
d’aide aux femmes violentées de 1984. C’est-à-dire qu’il est également basé
sur le chiffre « d’une Canadienne sur dix » appliqué à la totalité de la
population féminine de 15 ans et plus, et non à la seule population féminine de
15 ans et plus, mariée ou vivant avec un conjoint de fait.
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Tableau 2 |
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Population
féminine de 15 ans et plus en 1981 au Québec, selon le groupe d'âge, |
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scénario B,
projections démographiques pour le Canada et les provinces, 1972-2001 |
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En milliers |
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Groupe d'âge |
15-19 |
20-24 |
25-29 |
30-34 |
35-39 |
40-44 |
45-49 |
50-54 |
|
Population |
301,9 |
325,2 |
301,0 |
267,8 |
226,9 |
177,0 |
169,7 |
169,3 |
|
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55-59 |
60-64 |
65-69 |
70-74 |
75-79 |
80-84 |
85-89 |
90 et + |
Total |
|
161,1 |
132,9 |
113,9 |
88,4 |
62,9 |
36,6 |
16,2 |
5,8 |
2 556,6 |
|
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Source :
Statistique Canada, Projections démographiques pour le Canada et les |
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|
provinces
1972-2001, catalogue 91-514 hors série, juin 1974, Division des estimations |
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|
démographiques
et des projections, Ministre de l'Industrie et du commerce du Canada, Ottawa,
projection B, p. 123. |
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Tout comme le chiffre de 258 661 de février 1984,
ce chiffre de 256 000 constitue une grossière exagération du nombre de
victimes de violence conjugale, puisque sont comprises dans le calcul les
femmes n’ayant encore jamais eu de conjoint, de même que les veuves et les
femmes divorcées ayant vécu sans conjoint au cours de l’année précitée. Ainsi,
le ministère des Affaires sociales se trouve à préserver son apport spécifique
à la fausse statistique sur la violence conjugale consistant à gonfler
d’environ 67 % les évaluations déjà fortement inflationnistes obtenues à
l’aide de la proportion « d’une canadienne sur dix battue par son
mari » avancée par MacLeod et Cadieux en 1980. Cependant, ce nouveau
chiffre de 256 000 présente l’avantage appréciable de rendre beaucoup plus
difficilement détectables et démontrables les fraudes statistiques auxquelles
on avait eu recours pour le produire.
3.3 Une stratégie délibérée
de désinformation : rendre indétectable l’imposture statistique d’un
nombre de victimes de violence conjugale basé sur le total des femmes de 15 ans
et plus
Dans cette optique, c’est-à-dire
rendre l’imposture statistique commise par le ministère des Affaires sociales
plus difficilement identifiable, les projections démographiques publiées en
juin 1974 par Statistique Canada ne présentent pas en premier lieu
l’inconvénient fâcheux de contenir un tableau additionnel précisant que la
proportion des femmes avec un conjoint en 1981 est d’environ 60 % de la
population des femmes de 15 ans et plus, comme c’était le cas pour les
résultats de population par âge du Recensement de 1981. Le recours à des
chiffres basés sur des projections de population rendent donc impossible
l’évaluation de l’ampleur de la fraude commise par le ministère des Affaires
sociales.
En second lieu, les données de
projection utilisées datent de plus d’une décennie et sont moins facilement accessibles que les données
du recensement de 1981. Le chiffre de 256 000 présente donc le double
avantage de reposer sur une base de calcul dont l’origine était beaucoup plus
lointaine et obscure, en 1984, que les données du dernier recensement, et qui
n’était pas elle-même accompagnée de tableaux complémentaires permettant
d’établir le nombre de victimes de violence pour la seule population des femmes
de 15 ans et plus mariées ou vivant en union de fait.
Si l’on tient compte des
« avantages » que présentait le chiffre de 256 000 par rapport
au chiffre de 258 661, on a toutes les raisons de penser que la
substitution du premier au second n’a absolument rien d’accidentel. Il est tout
à fait logique de présumer que le changement de base de calcul qui s’est
traduit par la suppression du chiffre de 258 661 au profit du chiffre de
256 000 est le fruit d’une prise de conscience de la facilité avec
laquelle il serait possible de détecter le caractère fallacieux du chiffre de
258 661. Il est également naturel de croire qu’il résulte d’une décision
délibérée de chercher une autre base de calcul que les résultats du Recensement
de 1981 pour obtenir un chiffre du même ordre de grandeur, mais dont le
caractère fallacieux serait indétectable. Dans une telle perspective, il semble
donc aller de soi que l’on ait songé à recourir à des projections de population
publiées dix ans auparavant par Statistique Canada.
Il paraît dès lors très hautement
improbable que le passage du chiffre de 258 661 (lequel semble avoir fait
l’objet d’une complète suppression peu après la diffusion du Document de
consultation de février 1984, faisant en sorte qu’il n’a jamais été cité, à
notre connaissance) au chiffre de 256 000 puisse être considéré comme
relevant de l’initiative d’une fonctionnaire isolée agissant à l’insu de ses
collègues et de ses supérieurs immédiats.
On peut en effet douter très
sérieusement qu’une seule personne aurait pu intervenir auprès de tous les
lecteurs[10] de ce Document de consultation pour les
persuader de ne jamais citer ce chiffre, tout en étant simultanément affectée à
la préparation du Document de consultation sur la politique familiale du
ministère des Affaires sociales d’octobre 1984 et à celle de l’énoncé de
politique Une politique d’aide aux femmes violentées du second trimestre
de 1985, après avoir également pris part à la rédaction du Document de
consultation de février 1984 sur une politique d’aide aux femmes
violentées, qui allait déboucher au deuxième trimestre de 1985 sur l’énoncé de
politique Une politique d’aide aux femmes violentées. La substitution du
chiffre de 256 000 au chiffre de 258 661 ne peut être l’œuvre que
d’un groupe organisé et structuré. Sinon, il faudrait admettre l’idée qu’une
seule fonctionnaire aurait eu la charge de préparer toutes les politiques en
matière de services sociaux au ministère des Affaires sociales du Québec en
1984 et qu’elle aurait pu fabriquer en série des fausses statistiques sur la
violence conjugale à l’insu de toutes ses collègues. Une telle éventualité est
hautement improbable. Il ne fait aucun doute que la fabrication de ces fausses
statistiques a nécessité la collaboration d’un grand nombre de personnes au
ministère des Affaires sociales en 1984.
Par ailleurs, si l’on s’est donné
tant de mal pour maintenir une apparence de crédibilité et de validité
statistique en se basant sur des projections de population publiées en 1974
pour « fabriquer » le chiffre de 256 000 victimes de violence
conjugale, c’est qu’il fallait être en mesure de pouvoir fournir une apparence
de justification scientifique à un tel résultat, si jamais des explications
venaient à être demandées par un quelconque palier d’autorité supérieur au
ministère des Affaires sociales du Québec (en prenant pour acquis que les
décideurs du ministère des Affaires sociales n’y verraient que du feu, advenant
que se concrétise une telle procédure de vérification).
En d’autres mots, la
« suppression » du chiffre de 258 661 au profit du chiffre de
256 000 est révélatrice de la mise en œuvre d’une stratégie délibérée de
désinformation, vraisemblablement menée par un groupe de militantes bien organisées
regroupées au sein de l’unité responsable de la conception des politiques et
programmes ayant trait au développement des services sociaux au sein du
ministère des Affaires sociales. Si tel a été le cas, ce fait soulève la
question de l’impartialité de TOUS les programmes des services sociaux conçus à
partir de cette époque au ministère des Affaires sociales et, par la suite, au
ministère de
En
somme, ce chiffre additionnel de 256 000, une fois connue sa provenance
réelle, démontre hors de tout doute raisonnable le caractère intentionnel de la
fabrication de cette fausse statistique, ainsi que la ferme volonté de ses
conceptrices d’en rendre l’origine le plus opaque possible de manière à rendre
indétectable l’imposture commise envers l’ensemble de la population du Québec.
Finalement,
comme le chiffre de 258 661, le chiffre de
Mais,
trêve de spéculations. Il faut constater que ce n’était pas encore assez aux
yeux des militantes responsables de la conception de la politique d’aide aux
femmes violentées. Un chiffre comme 256 000 victimes, aussi exagéré
soit-il, manque de flamboyance et de panache. Il manque de résonance dramatique
et n’a pas la force d’impact médiatique propre à soulever l’émotivité et les
passions avec une puissance comparable à celle d’un chiffre percutant arrondi à
sa plus simple expression, apte à servir d’argument massue et aussi facile à
retenir qu’un slogan politique. On avait eu droit à « une Canadienne sur
dix battue par son mari ou conjoint de fait ». Le Québec allait maintenant
être matraqué et écrasé sans répit avec le chiffre de 300 000 femmes
victimes de violence conjugale. Pendant vingt longues années!
4. La fausse
statistique du deuxième trimestre 1985 : 300 000 femmes victimes de
violence conjugale en 1985 au Québec selon le ministère des Affaires sociales
La crise politique que connaît le parti au
pouvoir au gouvernement du Québec à la fin de 1984 et au début de
Il semble que les militantes féministes qui
étaient parvenues à noyauter les services responsables de l’élaboration des
politiques et des programmes sur les services sociaux au ministère des Affaires
sociales aient décidé de profiter de l’occasion pour frapper un grand
coup.
4.1 L’énoncé de politique Une politique
d’aide aux femmes violentées (deuxième trimestre 1985)
Avec la publication officielle, au deuxième
trimestre 1985, du document Une politique d’aide aux femmes violentées,
présentée par le ministre Guy Chevrette, le ministère des Affaires sociales du
Québec avance un nouveau chiffre sur l’ampleur de ce problème au Québec, soit
« près de 300 000 » femmes victimes de violence conjugale. C’est
le troisième chiffre différent en moins de 15 mois, et ce, sans que la moindre
enquête ou que la moindre étude ait été réalisée, comme le confirment les
multiples demandes faites au sujet de ces chiffres par L’après-rupture en vertu
des dispositions de
À chaque fois, le responsable de l’Accès à
l’information a confirmé l’absence de tout document quant aux sources
possibles de ces chiffres : aucun devis d’enquête, pas de questionnaire
d’enquête, aucun contrat pour la réalisation d’enquête, aucun rapport d’enquête
et aucun fichier de données. À chaque fois, la réponse du responsable de
l’Accès à l’information confirme que ces chiffres semblent être sortis du
néant. Et c’est exactement ce que nous avons démontré dans les deux chapitres
précédents. À cet égard, le chiffre de 300 000 réussit à faire mieux
encore que ses prédécesseurs.
Voici l’extrait intégral du rapport de 1985 dans
lequel le chiffre de 300 000 est mentionné pour la première fois, dans une
section intitulée « Estimation du nombre de femmes
violentées » :
« Le
Conseil consultatif canadien de la situation de la femme a établi qu'au Canada
une femme sur
Au Québec, en 1985, on estime à près de 300 000
femmes le nombre de femmes de plus de 15 ans, victimes de violence conjugale
quelle qu'en soit la forme ».
Note :
Le texte de la note 16 au bas de la page est le suivant : « Conseil consultatif canadien de la situation
de la femme, 1982 ».
Source :
Une politique d’aide aux femmes violentées, Ministère des Affaires
sociales du Québec, 1985, p. 10.
Cet extrait tiré du
document Une
politique d’aide aux femmes violentées de 1985 est pratiquement identique à l’extrait tiré
du Document
de consultation sur une politique
d’aide aux femmes violentées de février 1984, à l’exception de la dernière
phrase qui se lisait ainsi dans le
document de 1984 : « Au Québec, en 1984, cela équivaudrait à
258 661 femmes de plus de 15 ans victimes de violence quelle qu’en soit la
forme ».
Cette fois, le document publié en
1985 par le ministère des Affaires sociales du Québec ne fournit aucune
indication, même implicite, quant à la source des données ou à la méthodologie
employée pour arriver à ce chiffre de 300 000. Il se borne à statuer que
« l’on estime à 300 000 le nombre de femmes de 15 ans et plus,
victimes de violence conjugale ». En matière de statistique sur la
violence conjugale, l’absence de références ou de précisions sur la
méthodologie et la source des données devrait toujours être considérée par tout
lecteur averti comme un indicateur presque infaillible du fait que l’on se
trouve en présence d’une fausse statistique ou d’une interprétation fallacieuse
des données.
Il est incompréhensible qu’un
chiffre aussi explosif ait pu être lancé tout bonnement dans l’arène publique
sans que quiconque soulève la moindre question quant à sa provenance et à sa
validité, comme ce fut apparemment le cas en 1985. Il faut déplorer cette
complaisance aveugle de la part de tous ceux et celles dont la fonction sociale
consiste à assumer le rôle démocratique de gardien et d’arbitre de l’intégrité
et de la transparence du débat social. À commencer par le ministre titulaire du
ministère de
On peut tout d’abord noter que
l’évaluation du nombre de femmes victimes de violence conjugale par le
ministère des Affaires sociales a évolué remarquablement rapidement entre
février 2004 et le printemps 2005, passant de 258 661 en février 1984 à près
de 300 000 au printemps 1985, soit une augmentation de près de 41 339
victimes en une seule année. En fait, cette augmentation de 41 339 du
nombre des femmes victimes de violence conjugale est supérieure (pour atteindre
presque le double) à l’augmentation totale de la population féminine de 15 ans
et plus survenue entre 1984 et 1985 (augmentation qui se situerait aux environs
de 23 500, selon les plus récentes estimations de population du Québec que
nous avons pu consulter).
On peut donc conclure que ce
chiffre de 300 000 ne résulte pas d’une quelconque
« indexation », proportionnelle à la hausse démographique, du nombre
de 258 661 femmes de 15 ans et plus victimes de violence conjugale au
Québec en 1981 (mais que le ministère des Affaires sociales a faussement
présenté en février 1984 comme représentant la situation en 1984). Dans une
telle perspective, « l’indexation » du nombre des victimes, en
utilisant l’approche initialement employée pour produire le chiffre de février
1984 et celui d’octobre 1984 aurait atteint le nombre de 2 350 victimes
environ par année (soit 10 % de 23 500, en supposant une augmentation
annuelle constante de la population féminine de 15 ans et plus entre 1981 et
1985).
En quatre ans, une telle
« indexation » du chiffre basé sur la population de 15 ans et plus au
recensement de 1981, aurait ajouté un peu plus de 10 000 victimes au
chiffre de 258 661 victimes présenté dans le Document de consultation
de février 1984. En fait la hausse d’environ 41 339 victimes, imputée par
les « expertes » du ministères des Affaires sociales avec ce chiffre
de 300 000, est de 400 % plus grande que celle qu’une
« indexation » des chiffres déjà erronés de 1984 aurait pu produire
pour la période 1981-1985. Il est donc clair que ce chiffre de 300 000 ne
repose sur aucune estimation réaliste de la population féminine de 15 ans et
plus en 1985 et qu’il recèle une imposture supplémentaire par rapport aux
chiffres de 256 661 et 256 000 avancés au cours de l’année
précédente.
Il faut aussi noter qu’on a enlevé
du texte de 1984 l’expression « cela équivaudrait à » pour la remplacer en
1985 par l’expression « on estime à près de », qui fait à la
fois plus « scientifique », d’une part, et qui présente, d’autre
part, l’avantage additionnel de supprimer en même temps toute allusion directe
à la proportion « d’une canadienne sur dix » qui était, comme on l’a
vu, la méthode employée dans le Document de consultation de février 1964
pour obtenir le chiffre de 258 661. Les expertes du ministère des Affaires
sociales semblent avoir appris à l’usage qu’on n’est jamais assez nébuleux
quand on se lance dans la production de masse de fausses statistiques sur la
violence conjugale.
Cependant, il faut convenir que
ce changement reflète le fait que cette fois, le ministère des Affaires
sociales du Québec n’a PAS vraiment utilisé la proportion « d’une
Canadienne sur dix », même appliquée à l’ensemble de la population
féminine de 15 ans et plus, pour arriver au chiffre de « près de
300 000 ». Pour obtenir un chiffre qui approcherait le nombre de
300 000 victimes en 1985, il faudrait cette fois appliquer la proportion
de 10 % à toute la population féminine âgée de 8 ans et plus au Québec en
1985.
En effet, selon les données du
Recensement de 1986[11] (qui donnent une bonne approximation de la situation
de 1985), le nombre de femmes de 15 ans et plus était de 2 678 180 en
1986 (le nombre de 1985 étant sans doute inférieur d’environ 20 000
femmes). Si l’on avait appliqué la proportion de 10 % de MacLeod et
Cadieux à l’ensemble des femmes de 15 ans et plus en 1986, incluant les femmes
n’ayant jamais eu de conjoint, ainsi que les veuves et les femmes divorcées qui
n’ont pas eu, pour la plupart, de conjoint en 1986, on obtiendrait un total de
267 818 femmes victimes de violence conjugale, soit 32 182 de moins
que l’évaluation établissant à près de 300 000 le nombre de victimes
publié par le ministère des Affaires sociales vers le milieu de 1985.
L’écart entre le nombre de
victimes établi au moyen du recensement et le chiffre de 300 000 aurait
été un peu plus grand (environ 35 000) si l’on avait disposé des données
réelles précisément pour l’année 1985. Mais, même en utilisant les chiffres du
Recensement de 1986, on se trouve encore loin du compte.
Les militantes féministes
responsables de la conception des politiques et programmes des services sociaux
au ministère des Affaires sociales du Québec n’ont éprouvé apparemment aucun
scrupule à gonfler de plus de 35 000 les chiffres hyper-inflationnistes
déjà diffusés en 1984. L’objectif d’infliger un électrochoc à la population
féminine du Québec valait bien, semble-t-il, cet accroc additionnel à l’éthique
professionnelle. Et ce ne sera pas la dernière fois.
La seule conclusion qui s’impose
est que le chiffre de 300 000 femmes avancé par le ministère des Affaires
sociales du Québec au premier trimestre de 1985 était une pure imposture, ne
pouvant même plus invoquer le prétexte de reposer sur une quelconque décompte réel de la population féminine de 15
ans et plus au Québec, comme le prétend pourtant faussement le ministère des
Affaires sociales dans Une politique d’aide aux femmes violentées dans
l’extrait cité au début de ce chapitre, avec l’affirmation que l’on estime
« à près de 300 000
femmes le nombre de femmes de plus de 15 ans, victimes de violence
conjugale ». En aucune façon, ce chiffre ne peut être basé sur la
population féminine de 15 ans et plus ayant eu un conjoint, soit dans le cadre
du mariage ou d’une union de fait, en 1985.
Même en ajoutant la population
féminine des 10-14 ans en 1986, soit 213 855, au total de
2 678 180 femmes de 15 ans et plus, on ne parvient même pas encore au
chiffre de 3 000 000 de femmes requis pour pouvoir obtenir le fameux
chiffre de 300 000 femmes victimes de violence conjugale en 1985. Pour y
arriver, il faudrait inclure la grande majorité des 7-9 ans pour arriver au
chiffre de 3 000 000 femmes, susceptibles de servir de base de calcul
pour obtenir le chiffre de 300 000 victimes. Voilà un bel exemple de la
« créativité » de la statistique féministe vouée à la désinformation
au profit de la promotion d’une idéologie sectaire.
4.2 Le chiffre de
300 000 victimes : au moins 88 % plus élevé que l’estimation
basée sur la proportion de MacLeod et Cadieux
Le chiffre de 300 000
constitue une exagération outrancière par rapport au chiffre déjà fortement
inflationniste du nombre de victimes qu’il serait possible d’obtenir en
appliquant la proportion « d’un canadienne sur dix battue par son mari ou
son conjoint de fait » proposée par MacLeod et Cadieux.
Selon le Recensement de 1986[12], le nombre de femmes séparées, âgées de 15 ans et
plus, était de 64 370 et le nombre de celles vivant avec un conjoint au
moment du recensement était de 1 530 530, soit un total de
1 594 900 femmes vivant avec un conjoint ou étant séparées en 1986.
En appliquant la proportion de 10 % de MacLeod et Cadieux à ce nombre de
femmes mariées ou séparées, qui constitue une bonne approximation du nombre de
femmes ayant eu un conjoint en 1986, on obtient le chiffre de 159 490
femmes de 15 ans et plus victimes de violence conjugale, si l’on suppose pour
un instant que la proportion de 10 % de MacLeod et Cadieux constitue une
statistique valide.
En d’autres termes, en appliquant
la proportion « d’une canadienne sur dix » au nombre réel de femmes
mariées, ou vivant avec un conjoint de fait, ou séparées au Québec en 1986, le
nombre des femmes victimes de violence conjugale que l’on obtient est inférieur
de 140 510 au nombre de 300 000 victimes témérairement avancé par les
« expertes » du ministère des Affaires sociales du Québec en 1985.
En somme, le chiffre de
300 000 femmes victimes de violence conjugale était au moins 88 % plus
élevé que le nombre de victimes obtenu en appliquant la proportion de 10 %
au nombre réel de femmes séparées ou vivant avec un conjoint, et ce pour
l’année 1986. En principe, cet écart serait encore un peu plus grand si l’on
disposait des données réelles de population par âge pour l’année 1985.
En fin de compte, le nombre de
300 000 victimes, si on le rapportait au nombre réel de
1 530 530 femmes vivant avec un conjoint ou étant séparées en 1986
(comme l’avaient fait MacLeod et Cadieux en 1980) se traduirait par un taux
annuel de la prévalence de la violence conjugale de 19,6 %. Cela équivaut
à pratiquement une femme sur cinq victime de violence conjugale à chaque année.
En manipulant de façon éhontée les données, le ministère des Affaires sociales
du Québec réussit le tour de force de doubler le taux de 10 % lui-même
inventé de toute pièce par MacLeod et Cadieux en 1980.
Comme dans le roman 1984
de George Orwell, des technocrates aveuglément vouées à leur idéologie
« fabriquent » de toute pièce une réalité fictive qui sera imposée de
manière forcenée à l’ensemble de la population au moyen de toute la machine de
propagande de l’État et des groupes de pression voués à l’extorsion des fonds
publics. Le stéréotype sexiste de l’homme bourreau concrétisé par ces fraudes
statistiques est l’incarnation même de ce monde orwellien dans lequel la
propagande déforme et défigure la réalité.
Ainsi, la réalité concrète de la violence conjugale a
été amplifiée, déformée et instrumentalisée par ces groupes de militantes comme
assise de leur mainmise sur les programmes sociaux de l’État du Québec. Comme
le soulignait récemment la journaliste Barbara Kay, « la violence
domestique [...] représente l’outil de propagande le plus efficace que les
féministes ont déniché pour ancrer la misandrie dans la population en
général » (Source : Barbara Kay, Conférence prononcée par Barbara Kay
le 20 septembre 2008 devant Real Women of Canada, p. 12, [En ligne] : http://canadamotion483.blogspot.com/2008/10/confrence-prononce-par-barbara-kay-le.html).
4.3 Une enquête de Statistique Canada confirme le
caractère hyper-inflationniste du
chiffre de 300 000 femmes victimes de violence conjugale au
Québec
Il faudra attendre les résultats de l’Enquête sur
la violence envers les femmes (EVEF) menée par Statistique Canada en 1993
pour avoir la confirmation de l’ampleur réelle de l’exagération de la
prévalence annuelle de la violence conjugale à laquelle s’est livré le ministère
des Affaires sociales du Québec en établissant à près de 300 000 le nombre
de femmes victimes de violence en 1985.
L’Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF)
a été menée par Statistique Canada en 1993 auprès d’un vaste échantillon,
constitué aléatoirement, de 12 300 femmes représentatives de la population
féminine de 18 ans et plus dans les dix provinces canadiennes. Au Québec,
l’échantillon comptait 1 921 répondantes. La prévalence annuelle de la
violence conjugale a été évaluée au moyen d’une batterie de questions
similaires à celles utilisées par Murray A. Straus dans le National Family
Violence Survey de 1975, dont il a été fait mention au premier chapitre.
|
Tableau 3 Prévalence
annuelle de la violence conjugale et taux annuel pour 1 000 femmes selon la
situation matrimoniale des victimes, Québec et Canada, 1993 |
|
||||
|
Situation
matrimoniale |
Québec |
|
|
Canada |
|
|
|
n |
‰ |
|
n |
‰ |
|
Nombre de
victimes |
|
|
|
|
|
|
Victimes
avec conjoint actuel |
51 500 |
30 |
|
200 500 |
30 |
|
Victimes
avec ex-conjoint |
28 400 |
29 |
|
113 600 |
30 |
|
Victimes
avec ex-conjoint ou conjoint actuel |
79 900 |
34 |
|
311 800 |
34 |
|
|
|
|
|
|
|
|
Nombre de
femmes de 18 ans et plus |
|
|
|
|
|
|
Femmes avec
conjoint actuel |
1 732 700 |
— |
|
6 690 400 |
— |
|
Femmes avec
ex-conjoint |
973 500 |
— |
|
3 738 300 |
— |
|
Femmes avec
ex-conjoint ou conjoint actuel |
2 369 600 |
— |
|
9 055 800 |
— |
|
|
|
|
|
|
|
|
Source :
Institut de la statistique du Québec, « La violence conjugale envers les
femmes », étude spéciale dans Les condition de vie au Québec : un portrait
statistique, |
|||||
|
tableau 9,
p. 317. |
|||||
Le tableau 3 ci-dessus présente l’estimation du nombre
de femmes victimes d’agression physique au cours des 12 mois précédant
l’enquête de 1993, au Québec et au Canada. Au total, en 1993, l’Enquête sur
la violence envers les femmes permet d’estimer à 79 900 le nombre de
femmes victimes d’agression physique au Québec, soit un taux de prévalence de
3,4 %, parmi les femmes de 18 ans et plus avec un conjoint actuel ou avec
un ex-conjoint (avec lequel elle ne vivait plus, dans ce dernier cas, au moment
de l’enquête).
En d’autre termes, le chiffre frauduleux de
300 000 femmes victimes de violence en 1985 proposé par le ministère des
Affaires Sociales en 1985 équivaut à près de 400 % du nombre de
79 900 femmes victimes de la violence physique commise par le conjoint
actuel ou un ex-conjoint au cours des 12 mois précédant l’enquête de 1993 de
Statistique Canada.
Paradoxalement, alors que les groupes de pression
comme les maisons d’hébergement réclament sans cesse des fonds additionnels
pour lutter contre la violence conjugale, elles présentent une analyse
intemporelle de ce phénomène, comme si l’ensemble des mesures adoptées au cours
des 25 dernières années n’avait eu aucun effet. Selon quelle logique
faudrait-il accorder davantage de fonds à ces mesures si elles n’ont eu aucune
efficacité? Par contre, si ces mesures ont été efficaces et que le problème a
perdu une bonne partie de son ampleur, est-il justifié d’investir davantage de
fonds publics dans les mêmes interventions? Ne serait-il pas approprié
d’investir maintenant une partie de ces fonds dans la prévention plutôt que
dans l’intervention?
Les études statistiques qui mesurent l’évolution de
prévalence annuelle de la violence conjugale avec une méthodologie constante à
travers les années font toutes le constat d’une réduction très significative de
la prévalence annuelle de la violence conjugale déclarée par les femmes. C’est
notamment le cas de l’Enquête sociale générale de 2004 de Statistique
Canada, qui utilise la même méthodologie que l’Enquête sur la violence
envers les femmes de 1993. Au Québec, en 2004, 36 800 femmes
rapportent avoir subi de la violence de la part du conjoint actuel ou d’un
ex-conjoint au cours des 12 mois précédant l’enquête[13]. Par rapport à 1993, il s’agit d’une diminution de
54 % du nombre de victimes. Comme la population féminine a augmenté entre
1993 et 2004, la diminution est encore plus importante en ce qui concerne le
taux de prévalence de la violence conjugale chez les femmes, qui lui, a diminué
de 59 % au cours de la même période. Dans le cas du Canada, la diminution
du taux de prévalence annuelle est de 47 % au cours de la même période.
Le même phénomène est observé aux États-Unis et en
Grande-Bretagne. Dans le cas des États-Unis, le taux de prévalence annuelle de
la violence conjugale mesuré par le National Crime Victimization Survey
est passé de 9,8 ‰ en 1993 à 3,8 % en 2004, c'est-à-dire une diminution de
61 % au cours de la période[14]. En Grande-Bretagne, le risque d’être victime de
violence conjugale a diminué de 59 % entre 1995 et 2004-2005 selon les
données du British Crime Survey[15].
En dépit de ces données, le ministère de
4.4 La culture
de la désinformation sur la violence conjugale est toujours florissante au
ministère de
Même après le démenti catégorique apporté au chiffre
de 300 000 par l’Enquête sur la violence envers les femmes de 1993,
aucun ministre titulaire du ministère de
La politique de l’omerta pratiquée par le
ministère de
On aurait tort, par ailleurs, de croire que le recours
à la désinformation sur la violence conjugale, tant en ce qui concerne son
ampleur que sa nature réelle, puisse être considérée comme une aberration
passagère qui serait maintenant chose révolue au ministère de
On trouve aussi sur le site web de l’Institut national
de santé publique du Québec
En somme, la culture de la falsification statistique
et de la désinformation sur la violence conjugale est toujours florissante au
ministère de
Conclusion provisoire
Dans ce dossier, L’après-rupture
a fait la démonstration irréfutable que la série de chiffres astronomiques sur
la prévalence de la violence conjugale publiés successivement en février 1984, en octobre 1984 et au
deuxième trimestre 1985 par le ministère des Affaires sociales du Québec
constituent une imposture statistique malicieuse et cynique.
Le fait qu’une telle imposture
ait pu avoir cours pendant plus de deux décennies est révélatrice de
déficiences inquiétantes au sein de nos institutions.
Il est en premier lieu
inadmissible que ces fraudes statistiques n’aient pas pu être identifiées et
dénoncées par le ministre de
Il devrait être facile de faire
consensus au Québec sur le principe que la fraude statistique et la
désinformation sur la violence conjugale ne constituent pas une base acceptable
pour définir les programmes sociaux visant à prévenir et à contrer ce problème.
En deuxième lieu, les experts et
les chercheurs sur la violence conjugale ont gravement compromis leur
crédibilité par leur incapacité à détecter et à signaler une telle fraude.
Certains chercheurs ont même cité à maintes occasions ces chiffres erronés,
paraissant ainsi cautionner leur validité. Si ces experts peuvent être leurrés
à ce point par une imposture aussi évidente, comment peuvent-ils prétendre être
capables de dénouer l’écheveau extrêmement complexe des facteurs et des
circonstances biologiques, humaines et sociales susceptibles de prédisposer un
individu à recourir à la violence envers un partenaire intime? Comment croire
qu’ils peuvent être en mesure de proposer les mesures d’interventions
véritablement appropriées?
Il devrait être facile au sein de
la communauté des chercheurs de faire consensus sur le principe que les règles
de la recherche scientifique neutre et rigoureuse doivent avoir en tout temps
préséance absolue sur les convictions et les préférences idéologiques
personnelles.
En troisième lieu, il y a de
fortes raisons de penser que les fausses statistiques sur la violence conjugale
ont eu des conséquences dévastatrices sur la population masculine au Québec,
notamment parce qu’elles sont venues s’ajouter à une longue liste de
stéréotypes négatifs agressivement véhiculés à partir du début des années 1980
par le gouvernement du Québec et certains groupes de pression à l’encontre de
l’ensemble des hommes ou de la majorité d’entre eux.
En plus d’être dépeints comme des batteurs chroniques de
leur conjointe, les hommes ont été qualifiés sur toutes les tribunes de
violeurs de leur conjointe ou d’agresseurs sexuels de leurs enfants, de pères
absents négligeant de s’occuper de leurs enfants et de tisser des liens
significatifs avec eux, de partenaires conjugaux irresponsables farouchement
réticents à assumer leur juste part du fardeau des tâches productives dans le
couple, de pourvoyeurs déficients généralement mauvais payeurs de pension
alimentaire envers leurs enfants et leur ex-conjointe, de profiteurs
opportunistes s’enrichissant au détriment de leur ex-conjointe lors d’une
séparation ou d’un divorce. Ces stéréotypes sexistes ont souvent été véhiculés
avec le soutien entier de l’appareil de propagande du gouvernement, sous
couvert de mener des « campagnes de sensibilisation », réclamées à
grands cris par certains groupes de pression.
Ces stéréotypes ont façonné une culture
organisationnelle au ministère de
Ce n’est pas un hasard si l’on a connu au cours des
années 1980 et 1990 une explosion de l’itinérance au Québec et des maladies
mentales, ainsi qu’une hausse désespérante des taux de suicide chez les hommes,
jusqu’à un niveau s’approchant de ceux connus dans les pays d’Europe de l’Est
écrasés pendant deux générations par la domination du régime totalitaire
soviétique. Pour être en mesure de comprendre, il faut partir de la prémisse
que les mêmes causes entraînent généralement les mêmes effets. Il y a de bonnes
raisons de croire que les fausses statistiques tuent à tous les jours.
L’après-rupture prépare des analyses complémentaires à ce propos.
Il devrait être facile de faire
consensus au Québec sur le principe que l’accès des personnes en difficulté à des ressources
d’aide et de soutien offerts par les réseaux publics ou communautaires devrait
être tout aussi grande pour les hommes que pour les femmes.
En terminant, il faut souligner
que la dénonciation de ces fausses statistiques ne vise en aucune façon à nier,
à banaliser ou à minimiser l’importance de la violence conjugale. Cependant, il
est tout aussi important de veiller à ne pas chercher à dramatiser et à
instrumentaliser ce problème de manière à ce qu’il soit pris en otage par
certains groupes de pression, désireux de faire prévaloir leurs intérêts
corporatifs et leur vision particulière du changement social.
La violence conjugale est
inacceptable qu’elle soit commise par un homme ou par une femme. Le même
principe de tolérance zéro devrait appliquée à la violence conjugale, que
l’agresseur soit un homme ou une femme.
ANNEXES
1- Anthologie d’une arnaque
2- Intervenants politiques
Jean-Claude
Boucher
Jean-Pierre Gagnon
recherche@lapresrupture.qc.ca
Annexe
1
Anthologie d’une arnaque…
1965
Un colloque organisé par Thérèse Casgrain
résulte en la création de la Fédération des femmes du Québec par la coalition de
l’Union catholique des femmes rurales, Voix des femmes, Unions de familleet
l’Association des femmes diplômées des universités. C’est en 1966 que la
Fédération des femmes du Québec naît officiellement.
--------------------------------------------------------------
1967
Le
gouvernement fédéral met sur pied la Commission royale d’enquête sur la
situation de la femme au Canada, la commission Bird.
Florence Bird, journaliste torontoise, présidera la
Commission. 469 mémoires et plus de 1000 lettres seront expédiés à la
Commission. Celle-ci ouvrira les vannes des discussions. La FFQ participe
activement aux travaux de cette Commission. En 1970, la Commission remet
un rapport de 540 pages contenant 167 recommandations.
----------------------------------------------------------------
1971
La FFQ
transmet au gouvernement du Québec une des principales recommandations du
rapport : constitution d’un « Office de la femme ». Profitant de
la vague victimaire féministe, la FFQ en profite pour présenter en 1971 un mémoire
au premier ministre. S’ensuivra la création d’un comité où siégeront des
fonctionnaires qui seront chargés d’élaborer des recommandations pour le
Conseil des ministres. La machine féministe est désormais en marche et rien ne
l’arrêtera
-----------------------------------------------------------------
1973
Loi
du Conseil du statut de la femme
L.Q.,
1973, c. 7
Cette
loi crée le Conseil du statut de la femme pour agir comme organisme d’étude et
de consultation sur tout sujet concernant l’égalité et le respect des droits et
du statut de la femme. Concrètement, le Conseil fournit des avis à la ou au
premier ministre ou à la ou au ministre qu’il désigne sur toute question
soumise. Le Conseil peut également recevoir ou entendre des requêtes et des
suggestions d’individus ou de groupes. Il peut aussi fournir de l’information
au public sur toute question individuelle ou collective relative à la condition
des femmes.
-----------------------------------------------------------------
1975
Charte des droits et libertés de la personne
L.Q.,
1975, c. 6
Cette
loi consacre l’égalité des sexes et interdit la discrimination pour divers
motifs, dont le sexe, la race, la couleur, l’état civil, la religion, les
convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale ou la
condition sociale. Il y a discrimination lorsqu’une distinction, exclusion ou
préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit.
1975
Charte des droits et libertés de la personne
L.Q.,
1975, c. 6
Cette
loi consacre l’égalité des sexes et interdit la discrimination pour divers
motifs, dont le sexe, la race, la couleur, l’état civil, la religion, les
convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale ou la
condition sociale. Il y a discrimination lorsqu’une distinction, exclusion ou
préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit.
-------------------------------------------------
1978 (20 septembre)
Le Conseil du statut de la femme
sur l’État québécois profite de la nouvelle Chartre pour donner un grand coup. Le Conseil dépose son rapport
« Pour les québécoises : égalité et indépendance ». Le rapport
de plus de 350 pages « allait faire la somme des revendications des
Québécoises à la fin des années 70 et projeter l’image d’un lien
nécessaire entre lutte nationale et lutte des femmes ». Pour faire suite
aux 306 recommandations pour l’établissement d’une « politique d’ensemble
de la condition féminine ». Le gouvernement de René Lévesque décide de
faire de ce rapport sa politique en matière de condition féminine et met sur
pied un Secrétariat à la condition féminine chargé de sa mise en œuvre.
http://www.scf.gouv.qc.ca/index.php?id=23
La
mission du Secrétariat à la condition féminine consiste à soutenir le
développement et la cohérence des actions gouvernementales pour l’égalité entre
les femmes et les hommes. À cette fin :
il fournit l’expertise professionnelle et le soutien administratif nécessaires
à la réalisation du mandat de la ministre de la Culture, des Communications et
de la Condition féminine
il coordonne et assure le suivi des actions gouvernementales en matière
d'égalité des sexes et assume la responsabilité de l'application de
certaines mesures
il entretient des liens avec les
groupes de femmes et le milieu de la recherche universitaire pour bien
saisir les réalités, les préoccupations et les aspirations des Québécoises
il conseille le gouvernement pour assurer le rayonnement du Québec sur les scènes intergouvernementale canadienne et internationale
en matière d’égalité entre les femmes et les hommes
il produit des analyses, recherche des solutions novatrices et joint ses
efforts à ceux de nombreux groupes de travail pour que le Québec demeure
progressiste en cette matière.
---------------------------------------------------
1979
La femme battue au Canada : un cercle vicieux, Linda MacLeod et
Andrée Cadieux, Conseil consultatif canadien sur la
situation de la femme, page 19 :
«
Nous pouvons assurer, en combinant nos statistiques sur le divorce et
celles des maisons de transition, qu'au moins :
de 40 000 à 50,000 femmes
au Canada ont subi, en 1978, assez de violences physiques et mentales pour
chercher de l'aide à l'extérieur du foyer.
Il existe environ cinq millions de couples au Canada. Cela
signifie qu'approximativement :
Une femme sur cent au Canada, qu'elle soit mariée ou qu'elle vive
en union de fait, a été battue et a déposé une requête en divorce invoquant
comme motif la cruauté physique, ou a fait appel à une maison de transition
pour obtenir de l'aide (considérant les extrapolations précédentes) ».
Et
plus loin ( page 22, 23 ):
« D'autres études indiquent que même les appels que les
femmes battues placent auprès de la police ne donnent qu'un aperçu de l'ampleur
du problème. Par exemple, une étude effectuée à l'Université de Windsor, en 1976,
estime que : il y a dix cas non dénoncés pour chaque appel placé par une
femme battue auprès de la police.
Si nous acceptons cette évaluation approximative, à savoir qu'à
chaque cas connu correspond dix cas non divulgués de femmes battues, et
que l'on applique cette proportion à nos calculs précédents, soit qu'une
femme sur cent fera appel à une maison de transition ou demandera le divorce
parce qu'elle aura été battue, nous pouvons estimer que : chaque année,
une Canadienne sur dix est battue, qu'elle soit mariée ou qu'elle vive en union
de fait ».
À
noter que :
On ne tient aucunement compte que la même « victime » peut avoir fait
plus d’une plainte à la police
À l’époque, la requête en divorce devait inclure un motif, la violence du
conjoint constituant un prétexte facilement accepté par les Cours
À partir de cette estimation, il y aurait eu entre 400 000 et 500 000
femmes battues au Canada
Il importe de garder en mémoire que l’approche de MacLeod parvient au résultat
d’une femme sur dix « mariée ou en union de fait »
------------------------------------------------------
1982
Rapport
du Comité permanent de la santé, du bien-être social et des affaires
sociales ( gouvernement fédéral), intitulé « Rapport
sur la violence au sein de la famille, les femmes battues »
---------------------------------------
1984 (1er trimestre)
« Comprendre les victimes d’agression sexuelle…et leur besoin
de réconfort » publié par le ministre des Affaires sociales, Pierre-Marc
Johnson.
Page
2 :
« Les agressions sexuelles que l’on dénonce aujourd’hui sont
plus nombreuses que jamais (…)
Des chiffres tristement éloquents
Différentes études nous permettent d’apporter certaines précisions
sur l’agression à caractère sexuel.
Sur les victimes
1 femme sur 5 est agressée sexuellement au cours de sa vie
Au Canada, on compte un viol toutes les 29 minutes »
Note :
« Plus nombreuses que jamais » ???
« Différentes études » ; Quelles études ???
--------------------------------------------------
1984
(Février) Publié en
1985
Une
politique d’aide aux femmes violentées, signé par Guy Chevrette, Ministre des affaires sociales
D’entrée
de jeu, dans l’introduction, on annonce les couleurs :
«
Il est prouvé que la violence exercée sur les femmes par leur conjoints ou
compagnons de vie
(notez le pluriel NDLR ) existe réellement.
Une femme sur dix, selon les estimations ( Macleod,
1979) est victime de cette forme de violence. »
Et
page 10 :
« Estimation du nombre de femmes
violentées
Le conseil consultatif canadien de la situation de la femme a
établi qu’au Canada une femme sur 100 a déposé une requête en divorce invoquant
la cruauté physique ou s’est adressée à une maison pour femme »
À
noter :
Un prétexte pour la requête en divorce était nécessaire et la violence était un
prétexte acceptable pour la Cour
On ne peut additionner les cas puisqu’il s’agit d’une requête OU de s’être
adressé à une maison d’hébergement
Plus loin…
« Au Québec, en 1985, on estime à près de 300 000
le nombre de femmes de plus de 15 ans, victimes de violence conjugale
quelle qu’en soit la forme. »
Encore
plus loin, et toujours sans aucune source :
« une canadienne sur 17 est violée
au cours de son existence ; 1 femme sur 5 est victime d’agression
sexuelle »
Les
principaux participants à cette publication sont le Conseil du Statut de la
femme, le Secrétariat à la condition féminine et, évidemment, le Regroupement
provincial des maisons d’hébergement et le Regroupement québécois des
centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.
---------------------------------------------------------------
1984 (octobre)
Document de consultation sur la politique familiale, pour les
familles québécoises, publié par le Ministre des affaires sociales, Camille Laurin, également président du Comité permanent du
Développement Social, en Octobre
Page
81 :
« Violence contre les femmes
256 000 femmes au Québec, dont la très grande majorité dans les
familles, sont battues, de façon chronique, par leurs maris, leurs conjoints de
fait et leurs compagnons. Et le chiffre est conservateur.
Cela signifie, si l’on compte les enfants et les hommes batteurs, que près
d’un million – 1 000 000 – de personnes vivent dans la violence
familiale et conjugale, donc 20% de la population familiale et
conjugale »
Page
115 :
« Le Comité ministériel permanent des Affaires Sociales,
présidé ^par le vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales, Monsieur Camille Laurin, est à l’origine du présent document de consultation
intitulé »Pour les familles québécoises.
Outre monsieur Laurin, ce comité est
composé de madame Denise Leblanc-Bantey, ministre
déléguée à la Condition féminine, madame Pauline Marois,
ministre de la Main-d’œuvre et de la Sécurité du revenu, et de Monsieur Guy
Tardif, ministre de l’Habitation et de la protection du
consommateur. »
À noter :
Selon MacLeod et Cadieux il y aurait entre
400 000 et 500 000 femmes battues au Canada, et ici on en
arrive à 256 000 pour le Québec seulement !
Également, on ne tient plus compte de la restriction de MacLeod et Cadieux à propos des femmes « mariée ou en union
de fait » et on utilise une femme sur dix de plus de 15 ans,
mariées ou pas, célibataire ou religieuse… « battues, de façon
chronique, par leurs maris, leurs conjoints de fait et leurs
compagnons » (Notez le pluriel)
---------------------------------------------------------------------
1986 (mars)
Andrée Matteau et le Regroupement provincial des maisons
d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence représenté par
Diane publie La violence sexuelle en milieu conjugal, en collaboration
avec Claudie Solar de la Faculté d’éducation permanente
de l’Université de Montréal Marie Letellier et
Suzanne Bibeault de Relais-Femmes, recherche rendue
possible grâce à une subvention de l’Institut canadien de recherche sur les
femmes
En
page 4 :
D'après
Linda McCleod (1980), une femme sur 10 est victime de violence. Selon Coderre
et coll. (1984) unefemme à la maison sur 7 est victime
de violence exercée par son conjoint ou par son
partenaire. A toutes les 2 minutes en Amérique du
Nord, une femme est battue. Selon le rapport Badgley,
environ une personne de sexe féminin sur 2 a été victime
d'un ou de plusieurs actes sexuels non désirés.
----------------------------------------------------------------------
1986 (1er trimestre)
Politique d’intervention en matière de violence conjugale, publiée par le ministère
de la Justice, et signée par Herbert Marx ministre le la Justice et
Gérard Latulippe, Solliciteur général
Page
8 :
« Il existe cependant peu de données sur la violence conjugale
puisque les études systématiques concernant cette problématique sont assez
rare »
Un peu plus loin…
« Plus près de nous, le document de consultation sur la
Politique familiale « Pour les familles québécoises » affirme
que : « 256 000 femmes au Québec, dont la très grande majorité
dans les familles, sont battues de façon chronique par leur mari, leur conjoint
de fait ou leur compagnon. Et le chiffre est conservateur » »
Plus loin…
« Il est important de noter que le système judiciaire ne dispose
pas encore de données statistiques qui lui permettraient de connaître le nombre
de cas de violence conjugale et d’évaluer le degré de gravité des
cas »
Note :
La
référence du document de consultation est suffisante, et aucune autre étude ne
sera nécessaire pour établir une politique qui affectera des millions de
personnes, coûtera des milliards de dollars, et transformera le policier en
justicier de la famille…
----------------------------------------------------------------
1986 (mai)
Le magazine La vie en rose publie un texte signé Francine Pelletier dans
lequel il est dit :
Il était grand temps que la violence (pouvant aller jusqu’au
meurtre) que subissent près de 300 000 femmes au Québec chaque année sorte
du privé et devienne « conflit d’ordre public »
Et
plus loin :
D’abord le terme « violence conjugale » n’est pas
fidèle à la réalité : il ne s’agit pas de violence entre conjoints, mais
bien de la violence que bon nombre d’hommes se croient en « droit »
d’infliger à leur conjointe.
Note :
L’équipe de la direction de la vie en rose est composée d’Ariane Émond, Françoise Guenette….et on trouve Hélène Pedneault dans la liste de collaboratrices, celles-là
mêmes qui ont déclaré presque solennellement à l’émission Va y avoir du
sport de Télé-Québec en janvier 2007 ne jamais avoir eu connaissance du
fameux chiffres de 300 000 femmes victimes de violence conjugale.
En ligne : http://www.youtube.com/watch?v=_U2HPkCB_I4&feature=related
----------------------------------------------------
1987 (Juillet)
Dossier « Femmes », publié suite à la Commission d’enquête sur
les services de santé et des services sociaux du Québec, programme de
consultation d’experts.
Rapport
de la commission d'enquête sur les services de santé et les services sociaux Publication du Québec (Rapport Rochon)
Page
132-133 :
L’ampleur du phénomène
À ce jour, aucune étude ne permet d’établir, avec une marge
d’erreur acceptable, l’ampleur du phénomène. Les chiffres avancés situent,
entre 10% et 50% le nombre de femmes qui seraient violentées par leurs
partenaires.
(…) L’estimation la plus souvent retenue est celle de MacLeod
selon laquelle une femme sur dix serait violentée. Les experts consultés ont
avancé à plusieurs reprises le chiffre d’une femme sur sept. En 1985 le MSSS
évaluait à 300 000 le nombre victime de l’une ou l’autre forme de violence
définie plus haut…
Note :
Mais qui étaient donc ces experts consultés ?
En
voici la liste :
Gisèle
Ampleman
Suzanne Lafortune
Louise
Auclair
Carole Lalonde
Micheline
Baril
Pauline Lapointe
Louise
Barnard
Ginette Larouche
Carmen
Beaudoin
Francine Lavoie
Marie
Beaulé
Carole Lagure
Danielle
Beaulieu
Marie Leclerc
Jocelyne
Bellemare
Céline Legault
Angèle
Bilodeau
Lise Legros
Diane
Binette
Diane Lemieux
Murielle
Blier
Maria Lévesque
Nicole
Boisvert
Huguette Limoges
Micheline
Boivin
Diane Lyonnais
Louiselle
Bouffard
Francine Ménard
Michèle
Bourgon
Cécile Michaud
Claire
Boyer
Suzanne Moïse
Clémence
Brabant
Céline Morel
Donna
cherriac
Noëlli Morin
Johanne
Choinard
Nathalie Néron
May
Clarkson
Sylvie Otis
Sylvie
Cloutier
Lisette Paradis
Christine
Colin
Ghislaine Perrus
Marie
Hélène
Côté
Hélène Petit
Michèle
Côté
Robert Philippe
Réal
Daoust
Colette
Pinard
Nicole
Demers-Langevin Nicole Racine
Gisèle
Deschamps
Léonard Rétamal
Lise
Dunnigan
Cécile Richard
Jacqueline
Dupuis
Françoise Richard
Marie-Paule
Duquette
Lucie Richard
Hélène
Fleury
Gilles Rondeau
Sylvie
Fontaine
Ruth Rose
Louise
Forget
Marjolaine Rouleau
Danielle
Fréchette
Anita Roy
Bérangère
Gagné
Mirelle Roy
Pierre Gérard
Yvon Roy
Pauline
Gingras Louise St-Arnaud
Lisette
Gladu
Monique Séguin
Claudette
Godley
Micheline Simard
Pauline
Grandchamp
Louise Tanguay
Thérèse
Guimond
Rita Therrien
Louise
Guyon
Myriam Tiersem
Thérèse
Hovington
Andrée Urvoy
Suzanne
Kérouac
Geneviève Zuccaro
Suzanne
Lachance
Toutes
ces expertes et experts ont accepté d’emblée les élucubrations statistiques du
Ministère des affaires sociales et en ont remis en déclarant qu’une femme sur
dix n’était pas un chiffre suffisamment gonflé, une sur sept serait meilleur…
--------------------------------------------------
1987
Une politique d’aide aux femmes violentées, Version revisée, publiée par le Ministère de la Santé et des
services sociaux, et signé par Thérèse Lavoie-Roux
On
y retrouve en page 10 :
Au Québec en 1985, on estime à près de 300 000 le
nombre de femmes de plus de 15 ans victimes de violence conjugale quelle
que soit la forme.
Et
on note plus loin :
« Les études sur les femmes violentées sont peu nombreuses
mais elles réussissent à en tracer un portrait fort éloquent quant à leur
caractéristiques (…) »
Note :
Mais qui donc estime… À partir de ce « on estime » on établira des
politiques qui permettront de verser des centaines de millions de dollars aux
organismes d’aide aux femmes violentées.
Les organismes impliqués dans la rédaction de ce document sont évidemment Le
Conseil du statut de la femme, le Secrétariat à la condition féminine et les
Regroupement provinciaux d’aide aux femmes violentées ou victimes d’agression à
caractères sexuel, ceux-là même qui seront bénéficiaires d’une politique d’aide
basée sur un nombre important de fausses victimes
1991
(octobre)
Le Regroupement
provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de
violence conjugale publie un Rapport de recherche sur les tribunaux et la
violence conjugale, signé Liliane Côté; recherche subventionnée par le
Secrétariat d'État du Canada programme promotion de la femme et par le
ministère de la Justice du Québec.
Page
4 :
Au
Canada, un million de femmes sont violentées par leur conjoint.(…)
Au Québec, on estime à 300 000 le nombre de femmes qui sont
victimes de violence
En
ligne : http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/2002_17_0180.pdf
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1992 (janvier)
Publication
par la Fédération des ressources d’hébergement pour femmes violentées et en
difficulté du Québec d’un guide de sensibilisation à la violence conjugale
intitulée « La violence enfante le violence »
En
ligne : http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/2000_10_0055.pdf
Page
1 :
La
réalisation et la distribution du guide de sensibilisation ont été rendues
possibles grâce à l'implication financière et à la
collaboration des autorités et des organismes suivants:
GOUVERNEMENT DU QUÉBEC
Le Premier ministre
Le
ministre de la Santé et des Services sociaux
La
ministre déléguée à la Condition féminine et ministre responsable de la Famille
La
ministre des Affaires culturelles
Le
ministre des Affaires internationales
Le
ministre des Affaires municipales
La ministre
des Communautés culturelles et de l'Immigration
Le
ministre des Communications
Le
ministre de l'Éducation
La
ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science
Le
ministre de la Justice
Le
ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
Le ministre
de la Main-d'Oeuvre, de la Sécurité du revenu et de
la Formation professionnelle
Le
ministre de la Sécurité publique
Le
ministre du Tourisme
Le
ministre du Travail
GOUVERNEMENT DU CANADA
Santé et Bien-Être Social Canada, division
de la prévention de la violence familiale
Secrétariat
d'État du Canada, Programme de promotion de la femme
REGROUPEMENT DES CLSC DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN
FÉDÉRATION DES CLSC DU QUÉBEC
Page
3 :
Nous
voulons souligner l'apport exceptionnel de Madame Violette Trépanier,
ministre déléguée à la Condition féminine et ministre
responsable de la Famille, qui a incité les ministres à s'associer à cette démarche.
Page
4 :
Les
responsables du projet, Patricia Rossi, présidente Thérèse Dallaire
Laplante, C.M., coordonnatrice
Page
7 :
« L'AMPLEUR DU PHENOMENE
Au
Canada, on estime qu'une femme sur huit est victime de violence
conjugale et que 40% des victimes le sont pendant leur
première grossesse. Au Québec, en 1985, on estimait à 300 000 le nombre de femmes vivant une situation de violence, quelle
qu'en soit la forme ».
Note de page 7 : les caractères en gras
sont de nous
-------------------------------------------------------------------------------------
1992 (deuxième trimestre)
Publication
par l’Agence de santé du Canada, Centre National d’information sur la violence
dans la famille de Apprendre à intervenir auprès des femmes
violentées : synthèse d’une recherche-action sur une expérience de
formation féministe, signé Ann Pâquet-Deehy,
Maryse Rinfret-Raynor et Ginette Larouche
Dans
l’introduction :
Le phénomène a des proportions alarmantes alors qu'au Canada, depuis dix
ans, on admet généralement qu'au moins une femme sur dix est victime de
violence physique de la part de son partenaire (McLeod
et Cadieux, 1980; McLeod,
1987). Le gouvernement du Québec estime à près de 300 000 le nombre de
québécoises violentées par leur conjoint (Québec, 1985). Par ailleurs, les
experts consultés par la Commission d'enquête sur les services de santé et les
services sociaux (1987) estiment quant à eux qu'une femme sur sept est
violentée. Le rapport du comité permanent de la santé et du bien-être social,
des affaires sociales, du 3e âge et de la condition féminine (1991) relate
qu'en 1989, 119 femmes ont été assassinées au Canada par leur ex-mari ou
ex-concubin ou par leur mari ou concubin actuel. De toutes les femmes
assassinées au Canada, 62 % le sont par leur partenaire.
--------------------------------------------------------------
1992 (novembre)
Le
Regroupement des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de
violence conjugale (créé en février 1979) publie ses Recommandations,
présentées à Madame Le Coroner Anne-Marie David dans le cadre de l’enquête
concernant le décès de Madame Landry et de Monsieur Pierre Lepage
Dans
l’introduction :
LES ASSISES DE LA VIOLENCE C0NJUGALE
Qui est
à l'abri de la violence conjugale? Personne! Aucune femme, aucun
enfant… il arrive même que des hommes en soient victimes, mais cela demeure exceptionnel
et n’a pas le caractère épidémique de la violence faite aux femmes.
Et
plus loin :
Au Québec, on estime à 300 000 le nombre de femmes qui sont
victimes de violence conjugale (4).
4. Ministère des affaires sociales,
Une politique d'aide au» femmes violentées.
Bibliothèque Nationale du Québec, 1985 p :10.
Et aux
recommandations, évidemment :
2. Que le gouvernement finance adéquatement les maisons
d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale (…)
Et
bien sûr :
7. Que dans le cas où la plainte est judiciarisée sans le
consentement de la victime et que celle-ci refuse de témoigner, que le
substitut du procureur général tente de prouver la culpabilité de l’accusé sans
le témoignage de la victime (…)
En
ligne : http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/2005_05_0525.pdf
----------------------------------------------------------------------------
1993 (Janvier)
Publication
d’un dépliant intitulé Le substitut du procureur général et la violence
conjugale, par le ministère de la Justice.
En
première page :
Vous croyez que les cas de violence conjugale sont rares.
Malheureusement non. Quelques 300 000 femmes en sont victimes chaque année
au Québec, soit une Québécoise sur dix. La violence conjugale se traduit par
des coups, des blessures, des menaces de mort et même, dans les cas extrêmes
par le meurtre. Ces actes violents sont généralement le fait d’un conjoint
jaloux, possessif ou troublé par une situation de vie difficile.
Note :
Revoilà le 300 000, cette fois dans une brochure officielle du Ministère
de la Justice
Cette brochure sera distribuée dans les présentoirs de tous les palais de
justice du Québec, pour l’éducation des citoyens et de toutes les instances
judiciaires, et y restera jusqu’en 2004, suite à l’intervention de
L’après-rupture.
Le conjoint violent y est nécessairement de sexe masculin et la victime est
nécessairement de sexe féminin.
----------------------------------------------------
1994 (février)
La violence conjugale au Québec : sombre tableau, publié par le Conseil du
Statut de la femme, dont la recherche et la rédaction ont été confiées à Marie Moisan et Christiane Bonfanti.
Page 27
«
10 870 infractions relatives à la violence conjugale ont été
enregistrées en 1992, soit une hausse de 6,3% par rapport à 1991. »
Note :
En fait, il ne s’agit nullement d’infractions, mais bien de déclarations à la
police, ce qui n’implique pas nécessairement accusation et culpabilité.
--------------------------------------------------------
1994
Actes du
Colloque de l’ACFAS, 62e congrès, Violence envers
les femmes, La controverse des chiffres
Page 13, Mme McLeod,
celle-là même qui avait inventé le chiffre magique de 300,000 femmes battues au
Québec déclare: « Mon estimation n'avait aucun semblant de validité ou de
fiabilité statistique, je n'avais accompli aucune acrobatie statistique.
Pourtant, je me sentais sûre de ce chiffre parce qu'il reflétait une réalité
qui avait corroborée par les estimations de ceux qui et celles qui
travaillaient sur la ligne de front. C'était une supposition admise; je n'ai
jamais prétendu que ce soit autre chose »
Note : Le chat sort du sac…cependant personne n’en fera
mention, et le Ministère de la Santé fera la sourde oreille.
-------------------------------------------------------------------
1994
(décembre)
La
Fédération de ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté
du Québec et le Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de
transition pour femmes victimes de violence conjugale présentent un Avis
au Ministère de la santé et des affaires sociales, rédigé par Louise Riendeau (coordonnatrice), Denise Tremblay (consultante) et
Madeleine Lacombe (pigiste pour le regroupement).
Le comité
responsable de la présentation de cet avis était formé par Colette Breton,
Louise Riendeau, Johane
Fréchette et Denise Tremblay du Regroupement provincial des maisons
d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale et de
Patricia Rossi, Monique Veillette, Denise St-Pierre
et Marie-Hélène Houle de la Fédération de ressources d'hébergement pour
femmes violentées et en difficulté.
En ligne : http://bv.cdeacf.ca/CF_PDF/1999_09_0101.pdf
Page
3, dans le préambule, « Derrière les chiffres » :
« Force
nous est de reconnaître que les différentes données présentées par Statistique
Canada et Statistique Québec montrent un portrait fort alarmant de la situation
des femmes en matière de violence conjugale. En effet, les données statistiques
les plus récentes, révèlent que 25 % des canadiennes, âgées de plus de 18 ans,
déclarent avoir été victimes, dans le cadre d'une relation de couple, de gestes
de violence punissables en vertu du code criminel. Au Québec, ce pourcentage
représente plus de 658 000 femmes.
La
violence conjugale constitue donc une réelle épidémie (…) »
Note :
Les caractères gras sont de nous
---------------------------------------------------
1995
Politique d’intervention en matière de violence conjugale,
Prévenir, dépister, contrer la violence conjugale, signée conjointement par
Jacques Parizeau, premier ministre, Paul Bégin, ministre de la Justice, Jeanne
Blackburn ministre de la Sécurité publique, Jean Garon, ministre de
l’éducation, Pauline Marois, Ministre des Finances et
Responsable de la Famille, Serge Ménard, ministre de la Sécurité publique et
Jean Rochon, ministre de la Santé et des Services
sociaux
Page
24 :
« En 1993, les services de police municipaux, la Sureté du
Québec et les services de police amérindienne ont enregistré un total de
11 984 infraction liées à la violence conjugale (…) »
Note :
Où sont donc passés les 300 000 femmes battues ?
-------------------------------------------------------------------
1995 (10 juin)
Guide de pratique policière, Sujet 2.2.13,
Violence conjugale
Dans ce guide
les mots choisis sont l'agresseur et la victime, et l'auteur de la violence et
le suspect. On choisit volontairement d'ignorer la possibilité que l'agresseur
soir de sexe féminin. On y trouve des phrases sexistes :
"Le policier informe la victime dès que son conjoint est
élargi du poste de police..." Il y est clairement recommandé
d'arrêter tout suspect pour un "danger appréhendé", ou quand
"une personne craint que son conjoint ne lui cause..."
Note On devrait utiliser « intimé » ou
« intimée » plutôt que « suspect »
Par contre, le mot conjoint possède un féminin : conjointe
En fait,
ce guide oblige le policier à toujours arrêter le « conjoint » quel
que soit la situation ou l’agresseur.
------------------------------------------------------------------
2000
L’Association
féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS) publie un nouveau volet sur la
violence intitulé La violence, assez c’est assez dans le cadre de
l’opération Tendre la main.
On y
trouve de petites perles tel que :
Page10 :
Les actes de violence envers les femmes
• 51%
des Canadiennes et 46% des Québécoises ont été victimes d'au moins un acte de violence depuis l'âge de 16 ans. Un sixième de ces
agressions ont eu lieu dans la rue.
• Une femme
sur 8 en est victime au Canada, chaque année, dont 40% lors de la première grossesse, et 300 000 au Québec.
Les actes de violence faits par les conjoints
• Chez
les adolescentes, 1 sur 5 vit une relation amoureuse imprégnée de violence.
• Chez
les femmes mariées ou en union de fait, 30% d'entre elles ont été agressées.
• 23%
des femmes mariées tuées par leur époux étaient séparées et 3% divorcées
(1974-92).
Les agressions sexuelles
• 25%
des Canadiennes, de 3 mois à 90 ans, sont agressées sexuellement dans leur vie.
• 51%
des agressions sexuelles sont commises sur des femmes de 16 à 21 ans.
Note : Pour un organisme qui se
dit « d’éducation et d’action sociale », les sources sont rares quant
aux statistiques…
Quant aux références bibliographiques, on peut toujours
spéculer…
Les références bibliographiques
AFEAS,La violence :
assez, c'est assez !, dossier d'étude 1998-1999.
Questions - réponses sur la place de l'AFEAS dans le dossier
de la violence : extrait du
dossier d'étude 1998-1999 La violence : assez, c'est assez !
Houle-Ouellet,
Michèle, La violence - Opération Tendre la main, revue Femmes d'ici,
décembre
1998.
AFEAS, Ouvrir
les yeux sur la violence, 1997, trois feuillets de sensibilisation :
la violence envers les enfants, les adolescentes et les
adolescents; la violence envers les femmes;
la violence envers les personnes âgées.
AFEAS, La
violence conjugale, dossier d'étude 1992-1993.
AFEAS, La
violence a bon ton, dossier d'étude 1987.
AFEAS, La violence, c'est aussi chez nous, brochure
de sensibilisation, 1980.
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2000 (2 eme trimestre)
Le
Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes
victimes de violence conjugale publie La violence conjugale pour y mettre
fin…il faut aller à la racine; recherche et rédaction Madeleine Lacombe et
Nathalie Nahmlaesh, document réalisé avec le soutien
financier de Condition féminine Canada
En page
16 :
« Le
quart de l’ensemble des Canadiennes ont été victimes de violence de la part de
leur conjoint actuel ou d’un conjoint précédent »
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2004
(septembre)
Le
Ministère de la sécurité publique publie Statistiques 2002, violence
conjugale, dont l’analyse et la rédaction sont confiées à Louise
Motard
Dès la
première page, dans « faits saillants » on trouve :
En
2002, en vertu du Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l’affaire (DUC2), on dénombrait 16 729
victimes de crimes contre la personne commis par un conjoint, un ex-conjoint ou
un ami intime.
Note :
Remarquez que le terme conjoint, ex-conjoint ou ami comporte un féminin, comme
Québécois, Québécoise…Il ne s’agit pas de victimes mais bien de
délations, ou plaintes, ce qui ne signifie nullement qu’il y ait ou non de
victime. Le chiffre de 16 729 n’a donc aucune valeur statistique en ce qui
a trait au taux de violence conjugale.
Deux
paragraphes plus loin, on en remet :
Les femmes
sont cinq fois plus souvent victimes d’un crime contre la personne commis par
un conjoint, un ex-conjoint ou un ami intime que les hommes (434
comparativement à 80 par 100 000)
Note :
Encore une fois, il ne s’agit pas de victimes, mais de présumées victimes et les
hommes qui portent plainte sont généralement arrêtés en vertu de la
politique d’intervention policière; ce fait est connu, et les hommes
savent qu’il vaut mieux ne pas porter plainte et risquer l’arrestation.
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2003
(4eme trimestre)
L’Institut
de la statistique du Québec publie La violence conjugale envers les hommes
et les femmes au Québec et au Canada, 1999, signé Denis Laroche
Page 35 :
« Au
cours des 12 mois précédant l’enquête sur la victimisation de 1999, la violence
conjugale subie de la part du partenaire actuel a
atteint un homme sur 77 et une femme sur 60 au Québec De telles proportions
représentent 23 700 hommes sur les 1 820 100
vivant avec une conjointe et 29 900 femmes sur les 1 793 200 vivant avec un
conjoint au moment de l’enquête. »
Note : On est loin du « une sur dix » de
MacLeod…
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2004 8
décembre)
Communiqué de presse
QUEBEC, le 8 déc. /CNW Telbec/ - La ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration et responsable de la condition féminine, Mme Michelle Courchesne, le ministre de la Justice et Procureur général, M. Jacques P. Dupuis, tous deux responsables de la coordination de l'intervention gouvernementale en matière de violence conjugale, le ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Philippe Couillard, et le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, M. Benoît Pelletier, ont dévoilé aujourd'hui le plan d'action gouvernemental 2004-2009 en matière de violence conjugale.
(…)
Chaque année, au Québec, des milliers de femmes sont victimes de violence conjugale. Les plus récentes données du ministère de la Sécurité publique indiquent qu'en 2002, 16 729 personnes soit 14 209 femmes et 2 520 hommes, ont rapporté avoir été victimes d'un acte criminel dans un contexte de violence conjugale. Note :Le gouvernement abandonne officiellement le chiffre de 300 000 femmes battues chaque année. Ce communiqué de presse fait immédiatement suite à la réponse obtenue par L’après-rupture à sa demande d’accès à l’information à propos de la source du fameux 300 000. Cette réponse était justement à l’effet que le chiffre ne comportait aucune source. Dans les jours qui suivirent ce communiqué, la recherche par Google du chiffre de 300 000 menait comme par hasard à des « 404 », signifiant que les pages avaient été enlevées des différents sites féministes où menait la recherche effectuée par le chercheur Google, l’opération étant un « cover-up » généralisé. (…)Le Plan d'action 2004-2009 pour contrer la violence conjugale tient compte des attentes exprimées par les groupes de femmes depuis la Marche mondiale des femmes en l'an 2000.
Le plan d’action ne tiendra donc
aucunement compte de la réalité de la violence conjugale, des statistiques
disponibles à propos de cette réalité, mais bien des seules revendications des
groupes féministes.
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2004 (4eme trimestre)
Publication par le ministère
de la Justice d'une nouvelle politique d'intervention en matière de
violence conjugale intitulée Plan d’action gouvernementale 2004-2009 en
matière de violence conjugale, signée par Michelle Courchesne, ministre des
relations avec les citoyens et de l’immigration, Jacques Dupuis, Ministre de la
Justice, Philippe Couillard, Ministre de la Santé, Jacques Chagnon,
ministre de la Sécurité publique, Pierre Reid, ministre de l’éducation, Claude Béchard, ministre de l’emploi, de la solidarité sociale et
de la famille, Benoît Pelletier, ministre délégués aux affaires
intergouvernementales canadiennes et aux affaires autochtones, Jean-Marc
Fournier, ministre des affaires municipales, du Sport et du loisir et Carole Théberge, ministre responsable de la Condition des Ainés et
ministre déléguée à la famille
On y retrouve le même langage
sexiste ou conjoint violent n'a pas de féminin, ou victime et agresseur sont
mis côte à côte et ou il n'y a aucune recommandation pour aider les hommes
victimes ou les hommes en général, bref la même propagande victimaire féministe
devenue maintenant chose courante et acceptée comme étant la seule vision
politiquement correcte.
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2006 (janvier)
Le Ministère de la sécurité publique
publie Statistiques 2004, La criminalité commise dans un contexte conjugale
au Québec, dont l’analyse et la rédaction sont confiées à Louise
Motard
À la première page, dans « faits
saillants » :
Le rapport «La criminalité
commise dans un contexte conjugale – Statistiques 2004 » présente les
crimes contre la personne commis dans un contexte conjugale qui ont été
signalés à la police en 2004.
Note : Il ne s’agit en fait pas
de crime mais bien de présumés crimes, ou de délations ou de plaintes portées à
l’attention de la police; il ne donne aucune indication quant au nombre
d’accusations retenues et surtout du nombre de condamnations.
Quatre paragraphes plus
loin :
Cette criminalité frappe près de
cinq fois plus la population féminine que la population masculine, se reflétant
ainsi sur le profil des victimes qui sont des femmes dans une proportion de 84%
Note : Encore une fois, cette
conclusion n’a aucune valeur puisqu’elle n’indique en rien quelles sont les
condamnations issues de ces plaintes. Elle masque le fait que les hommes ne
portent pas plainte de peur d’être emprisonnés en vertu de la politique
d’intervention en matière de violence conjugale
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2007 (septembre)
Le Ministère de la Sécurité publique
publie Statistiques 2006 sur la criminalité commise dans un contexte
conjugale au Québec dont l’analyse a été confiée à Louise Motard
En toute première page dans «
Faits saillants » :
17 843 infractions contre la
personne commises dans un contexte conjugal en 2006 ont été enregistrées. Ces
infractions composaient 22 % de toutes les infractions contre la personne
enregistrées dans l’année.
Outre le fait que les victimes
étaient surtout des femmes quelle que soit la catégorie d’infractions, (…
Note : Contrairement à ce que ces
statistiques voudraient faire croire, il ne s’agit ici nullement de crimes ou
de victimes, mais bien de plaintes faites à la police, ce qui ne signifie
nullement qu’il y ait eu condamnations; toutes les statistiques énoncées dans
cette publication sont donc sans valeur, sauf en ce qui a trait aux plaignant(e)s et présumées victimes. Il est de plus de notoriété
publique que certaines femmes n’hésitent pas à utiliser de fausses allégations
de violence pour pouvoir jouir en toute impunité d’une garde exclusive des
enfants et de la pension alimentaire qui en découle.
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2007 (23 novembre)
St-Pie, 23 novembre 2007
Monsieur Philippe Couillard,
Ministre de la Santé et des services sociaux
Québec
Monsieur le ministre,
En 1985, le ministère des Affaires sociales, maintenant votre ministère,
publiait un document intitulé: LA
POLITIQUE D'AIDE AUX FEMMES VIOLENTÉES.
Ce document affirmait en page 10:
« Le
Conseil consultatif canadien de la situation de la femme a établi qu'au Canada
une femme sur 100 a déposé une requête en divorce invoquant la cruauté
physique, ou s'est adressée à une maison pour femmes. De plus, « d'après
les meilleures estimations dont on dispose, une canadienne sur dix est battue
par son mari » et ... « 20 % des homicides commis au Canada sont
le fait de l'époux qui s'en prennent à leur conjoint. Dans presque tous les
cas, il s'agit de maris qui tuent leur femme16.
Au Québec, en 1985, on estime à près de 300 000 femmes le nombre de
femmes de plus de 15 ans, victimes de violence conjugale quelle qu'en soit la
forme. Les besoins exprimés par ces femmes varient en fonction des
situations ».
Note
16 ; le texte de la note est le suivant :
« Conseil consultatif canadien de la situation de la femme,
1982 ».
Suite à une demande en vertu de la
Loi d'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des
renseignements personnels (Le texte de la demande est en ligne:http://lapresrupture.qc.ca/MinistereSante.html
), L'APRÈS-RUPTURE recevait sous la signature de monsieur Claude Lamarre, chef de service de l'accès à l'information et des
ressources, une confirmation écrite datée du 14 novembre 2007, disant qu'aucun
document n'avait été trouvé au ministère de la Santé et des Services sociaux
qui expliquerait la source de ce chiffre de 300 000 ou qui lui attribuerait
quelque validité que ce soit.
Extrait de la réponse de Monsieur Lamarre:
"Nous regrettons de vous informer que nos recherches n'ont permis de
repérer aucun document susceptible de répondre à votre demande telle que
formulée."
En conséquence, nous vous demandons, Monsieur le ministre, de déclarer
publiquement que ce chiffre de 300 000 femmes victimes qui appert dans ledit
document de 1985 ne possède aucune valeur légitime et qu'il est sans fondement
scientifique.
Respectueusement
Jean-Claude Boucher
Président
L'après-rupture
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23 novembre 2007
Monsieur,
Au nom du ministre de la Santé et des Services sociaux, monsieur Philippe
Couillard, j’accuse réception du courrier électronique que vous lui adressiez
le 23 novembre dernier.
Soyez assuré que votre correspondance sera portée à l’attention du ministre et
transmise aux autorités concernées du Ministère afin de recevoir le traitement
approprié.
Caroline Emmanuel
Adjointe de Mme Michèle-Jamali Paquette, conseillère
politique
Cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux
Note : Et depuis, rien.
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2007
25 novembre au 6 décembre, Ministère
de la condition féminine
http://www.scf.gouv.qc.ca/index.php?id=145
http://espace.canoe.ca/pub/video/view/29411
Note : Il s’agit d’une video qui montre au monde entier (via youtube
et d’autres sites internet) que les hommes du Québec sont des hommes
violents envers les femmes. La violence des femmes est totalement et sciemment
occultée.
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2008 (26 mars au 18 avril)
Campagne de sensibilisation aux
agressions sexuelles, « Brisons le silence »
En ligne : http://brisonslesilence.ca/index.php
« Une femme sur trois sera
victime d’une agression sexuelle au cour de sa vie si rien ne change »
Source statistique de cette
campagne : Sondage de Ipsos Descarie sur la Perception
des Québécoises et Québécois à l’égard des agressions sexuelles, commandé
par Ministère de la Culture, Communication et Condition féminine (janvier
2008)
Page 3 :
« Le Ministère de la Culture,
des communications et de la Condition féminine mettra en place cette année une
vaste campagne d’information et de sensibilisation aux agressions sexuelles.
Dans le but d’alimenter cette campagne et les activités de relations publiques
qui y sont rattachées, Le Ministère désirait réaliser un sondage afin de mieux
comprendre les perceptions de la population québécoise à l’égard de la
situation des agressions sexuelles et des différentes croyances et stéréotypes
qui peuvent être véhiculées. L’étude devrait donc permettre, dans un premier
temps, de nourrir la réflexion stratégique des agences qui réaliseront la
campagne et , dans un deuxième temps, de fournir des
données qui pourront être utilisées à l’intérieur même des activités de
communication et de relations publiques »
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2008 (octobre)
Le 2 octobre 2008, l’Agence de la
santé et des services sociaux de la Montérégie publie, suite à un colloque tenu
à St-Hyacinthe, un communiqué de presse…où il est
dit :
On sait aussi que les victimes de
violence conjugale sont en très grande majorité des femmes (84%) et que la
plupart d’entre elles sont âgées entre 18 et 49 ans.
NB: Le 84% provient du DUC2 (voir
plus haut). L’interprétation du 84% par l’Agence de santé est statistiquement
fausse, inexacte. Elle induit les citoyens en erreur. Il s’agit du pourcentage
de dénonciation à la police selon le sexe.
Annexe 2
Liste des intervenants politiques
Scandale des fausses statistiques du MSSS
Entrée en fonction
Premier ministre et président du Conseil exécutif BOURASSA,
Robert 12 novembre 1973
Affaires sociales FORGET,
Claude 13
novembre 1973
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